« Variant anglais » ou « VoC 202012/01 », le casse-tête de la dénomination des mutations du Covid-19


A Londres, le 15 janvier 2021.

VoC 202012/01, N501Y.V1, B.1.1.7… Tous ces noms savants désignent le même variant repéré, en septembre 2020, au Royaume-Uni et qui, du coup, est aussi baptisé par facilité « variant britannique », « anglais » ou encore « du Kent », voire surnommé « Nelly »… Difficile de s’y retrouver.

Selon la revue Nature du 15 janvier, une réunion à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui s’est tenue trois jours plus tôt, a acté la nécessité de mettre un peu d’ordre dans tous ces noms, mais sans dégager de consensus pour une dénomination standardisée – les appellations « nationales » faisant cependant l’unanimité contre elles, car trop stigmatisantes (on se souvient du « virus chinois » cher à Donald Trump) et peu scientifiques.

Reprenons, au moins pour les noms actuels. Pour le variant dit « britannique », VoC 202012/01 est l’abréviation de « variant of concern de décembre 2020 », car c’est à cette date que le pays réalise qu’un premier génome viral, comportant près de vingt mutations, est apparu – le 01 – et que sa progression fulgurante nécessite une surveillance particulière, d’où le concern, pour « préoccupant ».

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Il est aussi désigné par N501Y.V1 : la partie N501Y fait référence au fait que le 501e acide aminé de la protéine S (la spicule par laquelle le virus se lie à son hôte) a été transformé, passant d’asparagine (lettre N) à tyrosine (lettre Y), d’où aussi le surnom de « Nelly ». Cela explique également les dénominations des autres mutations courantes comme E484K, K417N, D614G, P681H… que contiennent les nouveaux variants. N501Y existe aussi sur le variant sud-africain, appellation formellement rejetée par le pays, baptisé « N501Y.V2 », alors même qu’il est peut-être arrivé avant le « britannique »…

Débat lexical

Le défaut de ces appellations est toutefois de mettre l’accent sur une seule mutation, alors qu’une vingtaine sont présentes, dont une poignée sur la fameuse spicule. D’où la suggestion de plusieurs scientifiques britanniques, le 15 juillet 2020, dans la revue Nature, de créer une nouvelle nomenclature dynamique prévoyant l’émergence de branches inédites dans l’arbre foisonnant du SARS-CoV-2 en évolution. Elle est, depuis, reprise par la base de données internationale Gisaid, qui rassemble plus de 400 000 génomes du monde entier.

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On parle alors de lignées repérées par des lettres et des chiffres. B.1.1.7 correspond à N501Y.V1, ou B.1.351 à N501Y.V2. Au Brésil, des chercheurs ont aussi identifié une lignée B.1.1.28, parfois dénommée « N501Y.V3 », qui a très vite eu une cousine B.1.1.28.1 émergente dans la région de Manaus, en Amazonie. Mais que ses « découvreurs » ont préféré baptiser par raccourci… « P1 ».

La liste va donc continuer de s’allonger jusqu’à ce qu’un autre débat lexical surgisse : faudra-t-il abandonner le terme « variant » pour celui de « souche », dès lors qu’il aura été démontré que ces variants ont acquis de nouvelles propriétés – on parle de phénotypes dans le jargon biologique ? Lexicographes, à vos marques.



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