Une Nuit blanche façonnée par le Covid-19


Lors de l’avant-première de la manifestation d’art nocturne Nuit blanche, à Paris, le 4 octobre 2019.

« Ce n’était pas gagné. » Au sein de la Mairie de Paris, on le reconnaît à demi-mot : dix-huit ans après sa création par Bertrand Delanoë, la Nuit blanche a bien failli ne pas connaître d’édition en 2020, menacée par l’épidémie de Covid-19. La manifestation culturelle, qui se tient pendant toute une nuit, aura pourtant bien lieu, le samedi 3 octobre, mais dans un format adapté. « Les règles sanitaires ne doivent pas nous empêcher d’avoir le plaisir des yeux, des oreilles, du toucher », a justifié la maire de Paris Anne Hidalgo, lors de la présentation de l’événement, mardi 15 septembre. Le budget est en net recul : 810 000 euros contre 2,5 millions en 2019, le mécénat ayant fondu à 230 000 euros contre 1 million d’euros l’année passée.

Concrètement, la Nuit blanche sera cette année regroupée autour de deux parcours, de chaque côté des rives de la Seine. Rive droite, les amateurs d’art contemporain seront invités à se rendre du Petit Palais au Musée d’art moderne de la Ville de Paris. Rive gauche, le parcours reliera le musée Bourdelle à la Grande mosquée, en passant par le musée Zadkine. La quasi-totalité des œuvres (sculptures, installations vidéo ou sonore, etc.) seront exposées à l’air libre. Seul le musée Zadkine accueillera du public, mais avec une jauge limitée à 50 personnes et sur pré-inscription. Les autres musées resteront fermés et seules quelques-unes de leurs œuvres seront visibles depuis l’extérieur.

Objectif des organisateurs : favoriser « la déambulation » plutôt que « les points de fixation statiques ». Deux grandes artères parisiennes seront d’ailleurs fermées à la circulation, l’avenue du Président-Wilson et le boulevard Edgar-Quinet. Sur ce dernier, le plasticien Boris Achour a prévu de reproduire sur près de 150 mètres un poème du théologien Angelus Silesius avec des tubes fluorescents. « Le parcours a été pensé comme une promenade », explique Carine Rolland, adjointe chargée de la culture à la Mairie de Paris. Pour éviter les attroupements, aucun spectacle n’a été prévu et le port du masque sera obligatoire, « à l’intérieur des sites comme dans l’espace public ».

« Pas d’objectif quantitatif »

S’il était important pour les artistes que cette édition se tienne – plus de 70 % de la centaine d’œuvres présentées ont été commandées pour l’événement –, la Mairie de Paris sait que la manifestation, qui a réuni jusqu’à 1 million de personnes entre 19 heures et 7 heures du matin lors des éditions précédentes, ne battra pas des records de fréquentation cette année. « L’objectif est que la Nuit blanche se tienne. Nous n’avons pas d’objectif quantitatif en termes de public », reconnaît Carine Rolland. Les organisateurs n’excluent d’ailleurs pas que des mesures sanitaires plus restrictives soient adoptées d’ici au 3 octobre.

Ce maintien intervient alors que la Foire internationale d’art contemporain (FIAC) a annoncé, lundi 14 septembre, le report de son édition 2020, initialement prévue du 22 au 25 octobre à Paris. Troisième foire d’art contemporain après Art Basel (Bâle) et la Frieze (Londres), la FIAC avait réuni 199 galeries de 28 pays en 2019, et enregistré près de 75 000 entrées en cinq jours. Si la FIAC « s’est engagée à rembourser aux exposants 100 % des sommes déjà versées », l’annonce n’en reste pas moins un coup dur pour la place de Paris, qui n’a pas réussi à convaincre les grandes galeries étrangères de faire le déplacement.

A l’inverse, le salon Art Paris, qui s’est finalement déroulé du 10 au 13 septembre sous la verrière du Grand Palais, a tenu ses promesses. Première foire d’art à se tenir après le confinement, la manifestation a attiré quelque 56 931 visiteurs, contre 63 257 lors de l’édition 2019, selon les organisateurs. Surtout, le nombre de visiteurs professionnels a bondi de 25 %, signe de leur impatience à retrouver un semblant d’activité normale.



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