Tuna Altinel, enseignant de l’université de Lyon, empêché de quitter la Turquie


Le mathématicien turc Tuna Altinel  lors d’une manifestation devant le palais de justice de Balikesir, le 19 novembre 2019.

Bloqué en Turquie depuis le 10 mai 2019, le jour où les autorités l’ont placé en garde à vue après lui avoir confisqué son passeport, l’universitaire Tuna Altinel, ressortissant turc et maître de conférences à l’université Claude-Bernard Lyon-I, ne sait pas quand il pourra enfin rentrer en France. «Je ne suis pas sûr de pouvoir rejoindre mon université à la rentrée de septembre », explique le mathématicien depuis Istanbul où il attend que la justice turque se prononce sur son cas.

Lire aussi Acquittement du mathématicien turc Tuna Altinel, enseignant en France

Accusé de « propagande en faveur d’une organisation terroriste », l’enseignant a été acquitté le 24 janvier par le tribunal de Balikesir, une ville située à 180 kilomètres d’Istanbul. Après publication de la décision des juges, le 21 février, ses avocats ont demandé que son passeport lui soit restitué, sans succès. Le procureur ayant fait appel de l’acquittement, la préfecture ne peut pas lui restituer. La décision finale est désormais du ressort de la cour d’appel de Bursa (Nord-Ouest de la Turquie) qui, débordée à cause de la crise sanitaire, ne semble guère pressée de statuer.

« La lumière sur un crime d’Etat »

« Pourtant, mon dossier n’a rien de complexe, les charges contre moi ne sont vraiment pas sérieuses », estime l’universitaire. La justice turque lui reproche des faits qui se sont produits… en France. Pour avoir participé à la réunion d’une amicale kurde, légale, organisée le 21 février 2019 à la mairie de Villeurbanne (Rhône), le mathématicien se retrouve sous le coup de poursuites pénales en Turquie.

Au cours de cette réunion, l’enseignant avait servi d’interprète au récit d’un intervenant, Faysal Sariyildiz, un député en exil du Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde, troisième formation au Parlement turc) qui avait raconté le calvaire vécu à l’hiver 2015-2016 par la ville de Cizre, dans le sud-est de la Turquie, majoritairement peuplée de Kurdes.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Turquie : en liberté provisoire, le mathématicien Tuna Altinel est toujours poursuivi par la justice

Cet hiver-là, la petite localité avait été encerclée et détruite par les combats ayant opposé l’armée turque aux rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), la bête noire d’Ankara depuis 1984. Plusieurs centaines de civils réfugiés dans les sous-sols de trois immeubles du quartier de Cudi avaient péri, brûlés ou asphyxiés, les secours n’ayant pas été autorisés à intervenir.

« Je suis allé moi-même à Cizre après ces événements et j’ai recueilli de nombreux témoignages sur ce qui s’est passé », raconte Tuna Altinel, persuadé que les autorités cherchent à le punir pour avoir « fait la lumière sur un crime d’Etat ». Evoquer ce qui s’est passé à Cizre n’a rien d’illégal, de nombreux rapports en ont parlé, y compris celui de la Commission de droits de l’homme des Nations unies, sans compter les reportages parus dans les médias.

Il vous reste 39.73% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link

Leave a Reply

%d bloggers like this: