« Trump mérite les oubliettes de l’histoire, les trumpistes interrogent l’avenir de la démocratie »


Donald Trump, à l’extérieur de la Maison Blanche, à Washington,  le 12 janvier.

Il sortira de la Maison Blanche, le 20 janvier, habillé comme le méchant dans le dernier plan d’un western qui a duré trop longtemps : nu, le corps passé au goudron et recouvert de plumes. Abandonné par une partie de son gouvernement, menacé d’une nouvelle procédure de destitution, privé de ses attachés de presse, Twitter et Facebook, dénoncé par ses amis du business, l’ego étouffant chez lui le début d’un remords ou l’esquisse d’une autocritique, Trump rumine sur l’ingratitude du sort qui lui est fait.

Il a vécu par le mensonge, dans les affaires et en politique, il a menti aux autres, il se ment à lui-même, et le mensonge, in fine, lui saute à la gorge. Trump quitte la scène politique victime de la dernière de ses tromperies, de l’ultime bobard inventé pour s’accrocher au pouvoir, cette histoire « d’élection volée » par ses opposants démocrates – et qui va tourner au drame.

Convoqués sur place depuis des semaines, à coups de tweets vengeurs, puis chauffés à point ce mercredi 6 janvier, ses partisans donnent l’assaut au Congrès. Il refuse le verdict des urnes et le transfert pacifique du pouvoir – l’un des marqueurs de la démocratie. « Marchez sur le Capitole », leur a-t-il dit, pour saluer nos amis et conspuer nos ennemis. Objectif : arrêter, empêcher la cérémonie de certification du résultat de l’élection du 3 novembre 2020 : 81 millions de voix et 306 grands électeurs pour Joe Biden ; 74 millions et 232 pour Trump. Ils ont « marché ». En quelques heures, cinq morts.

Bulle de fantasmes narcissiques

Dans une logique toute trumpienne, qui fait de sa personne l’unique objet de ses préoccupations, Trump, préparant le terrain, avait prévenu et répété avant le scrutin : si je perds, c’est parce que l’élection aura été truquée (si je gagne, c’est qu’elle aura été honnête).

Les ressorts psychologiques intimes de l’intéressé importent peu. Peut-être était-il cynique, espérant qu’une démonstration de force de ses partisans allait provoquer une crise politico-constitutionnelle et le maintenir un temps au pouvoir ? Incapable de sortir de la bulle de fantasmes narcissiques dans laquelle il vit et se complaît, peut-être se voyait-il, sincèrement, en sauveur héroïque de la démocratie américaine ? Le vrai mystère Trump, le mystère de l’aventure trumpiste, n’est pas là.

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Il est dans les dizaines de millions d’Américains – compétents, intelligents, couvrant un vaste spectre d’origine sociale et professionnelle – qui sont convaincus que l’élection a été volée. Trump mérite les oubliettes de l’histoire, les trumpistes interrogent l’avenir de la démocratie. La question concerne toutes les démocraties libérales. Elle est celle de la défiance croissante dont nos institutions semblent être l’objet. Elle touche aux raisons qui font que l’énorme mensonge de Trump a marché – au moins pour des millions d’Américains.

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