Tour de France 2020 : rêvasserie, sourires et blettes


Covid oblige, on a bien cru ne pas avoir de Tour de France en 2020. Et puis, avec deux mois de retard, et une bulle sanitaire plus tard, voilà les coureurs de la Grande Boucle embarqués pour 21 étapes et 3 484 km sur les routes de France. Petit aperçu de la journée à venir.

  • Au menu du jour, étape 3 : Nice-Sisteron

Ceci est une étape promise aux sprinteurs, dans le nouveau monde.

Toutes les belles choses ont une fin, même Nissa ! Ce Tour inédit à tous les niveaux ne sera donc pas qu’une boucle infinie autour de la mairie de Christian Estrosi. Salut à toi, Nice, tes panneaux terrifiants, forteresse érigée autour des coureurs, et ton arrière-pays piégeux !

La caravane quitte la promenade des Anglais, mais la troisième étape devrait quand même sentir bon le romarin. Au programme : 198 km entre Nice (encore toi ?) et Sisteron, agrémentés de menues grimpettes : trois cols de troisième catégorie. Un parcours de classique trop peu vallonné pour faire trembler le nouveau maillot jaune, Julian « Loulou » Alaphilippe. Et suffisamment plat pour être coché par les équipes de sprinteurs, qui n’ont que peu d’étapes tracées pour leurs gros mollets dans cette levée 2020 de la Grand boucle.

ASO

Le vainqueur du cœur

« Non, si male nunc, et olim sic erit » (ou « si le présent est mauvais, à l’avenir il n’en sera pas de même »). Bryan Coquard a peut-être ruminé dans la nuit la variante horacienne du proverbe wikipédiesque « les jours se suivent et ne se ressemblent pas ». Huitième de l’étape inaugurale, le sprinteur a terminé au fond du classement de la seconde boucle autour de Nice, dimanche, franchissant la ligne à près de 29 minutes d’Alaphilippe.

A la faveur de cette loi des séries, on parie donc sur une victoire du Coq à Sisteron. Laquelle serait une première pour lui comme pour son équipe, B & B Hôtels-Vital Concept, lancée dans le peloton en 2018 et jamais invitée sur le Tour avant cette année. Enfin une nouveauté dont on pourrait se réjouir dans cette 107e édition !

Le vainqueur de raison

Les Deceuninck-Quick Step ne sont pas du genre à se satisfaire d’une victoire. Les saisons se suivent et – Covid-19 ou pas – la formation belge enfile les podiums comme des perles. Certes, Julian Alaphilippe a levé les bras dès la deuxième étape. Oui, les hommes de Patrick Lefevere auront pour principal objectif lundi de protéger la tunique jaune du Français. Mais rien ne le fera renoncer à l’autre but, celui de tous les jours : gagner !

Lire aussi : Vainqueur à Nice et maillot jaune, le plan sans accroc de Julian Alaphilippe

Et qui dit « profil pour sprinteur » dit Sam Bennett. Pris dans une chute, l’Irlandais n’a pu défendre ses chances samedi. Il comptera parmi les fameux « hommes à surveiller » sur la route vers Sisteron, et pourrait même être aidé dans sa quête de bouquet par… Julian Alaphilippe. « Loulou » sait rendre la pareille aux coéquipiers qui se sont déplumés pour lui.

Toujours regarder devant soi. Tom Dumoulin a mordu le bitume pour avoir manqué à cette consigne qu’on apprend aux pratiquants à petites roulettes. L’ancien vainqueur du Giro, et prétendant à la victoire finale sur les Champs, s’est permis de tourner la tête dans la dernière montée du col des Quatre chemins. Sa roue avant a touché le pneu arrière de Kwiatkowski (Ineos-Grenadiers), et le Néérlandais est tombé. Heureusement sans gravité.

L’un des grands noms de l’armada Jumbo-Visma a repris le peloton comme un grand, à la pédale. En forme visiblement. « Un accident stupide », ruminait après coup celui qu’on ne reprendra pas de sitôt à rêvasser sur sa selle.

Les consignes du préfet des Alpes-Maritimes n’ont visiblement pas essaimé partout dans le département. « Si j’ai un conseil à donner aux spectateurs, c’est de regarder les ascensions de cols à la télévision », avait conseillé Bernard Gonzalez avant le départ du Tour. Las. On a retrouvé dans les virages du col de la Colmiane, première difficulté au menu de dimanche, les ingrédients indispensables aux clichés réussis des bords de route : des gens (!), des chaises pliantes, quelques camping-cars et un peu de joie.

Rien que de très normal, ou de très frappant sous le filtre du Covid-19. Que de contraste avec les images de Nice, de ces spectateurs renvoyés loin des coureurs, l’œil glissé comme il peut entre les grands panneaux sombres marquant la frontière de la bulle sanitaire. Les organisateurs ne manqueront sans doute pas de battre le rappel des bons gestes. Il y avait de l’enthousiasme et des sourires dimanche. Réjouissant et inquiétant. Car qui dit bouche, dit pas de masque.

Parce que le Tour est plus qu’une épreuve sportive pour les Français, nous vous enverrons chaque jour une carte postale gourmande. Promis, nous aurons plus de mesure qu’Obélix et atteindrons plus vite la satiété.

Avant de quitter Nice pour partir vers le nord, une escale dans une institution locale s’imposait. Chez Pipo, on cuisine des spécialités niçoises depuis 1923 : les incontournables socca (galette de farine de pois chiche), les pissaladières mais aussi les tourtes de blettes à déguster au dessert. Moelleuse ou croustillante, accompagnée de raisin sec, la tourta de blea fait disparaître l’amertume de la blette.

La tourte France.



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