« The Great » invite les minorités visibles à la cour de Russie


Abraham Popoola dans le rôle du comte Rostov dans la série « The Great ».

Animé d’un esprit réformateur, Pierre III, le jeune tsar de toutes les Russies, a ordonné à tous les boyards de raser leur barbe, afin qu’ils ressemblent aux aristocrates des cours d’Europe de l’Ouest. Le comte Rostov se présente devant lui, hirsute, et l’implore de le dispenser de rasage : il craint que son épouse ne supporte pas de découvrir le visage glabre de son mari. L’empereur lui refuse cette grâce.

On est encore au début de la première saison de The Great – variation fantaisiste sur le thème de la jeunesse de la Grande Catherine, princesse allemande qui arriva en Russie pour épouser Pierre III – et Tony McNamara, le scénariste et créateur de la série, en profite pour établir la brutalité et le sadisme du jeune souverain qui exécute sa sentence au sabre, laissant le rebelle défiguré.

Lire la critique : Dans « The Great », Elle est impériale

Barbu ou couvert de cicatrices, le visage du comte Rostov est celui de l’acteur britannique d’origine africaine Abraham Popoola. Au fil des épisodes, on rencontrera le comte Orlov, l’intellectuel réformateur de la cour impériale, et le favori Arkady, également interprétés par des acteurs britanniques, Sacha Dhawan et Bayo Gbadamosi, d’origines respectivement indienne et africaine.

Liberté artistique

Venu du théâtre (The Great était à l’origine une pièce, créée à Sydney), Tony McNamara a distribué les rôles de The Great selon un procédé qu’on a un temps désigné par l’expression color-blind casting (« casting daltonien ») avant de lui préférer les termes color-conscious casting (casting conscient de la couleur de la peau des interprètes). Cette rectification signifie qu’après avoir voulu faire comme si la question de la couleur des interprètes n’existait pas, il faut désormais en tenir compte dans les décisions, sans être asservi aux habitudes et aux modèles.

Cette pratique est née sur les scènes anglo-saxonnes, au moment du surgissement d’une génération d’acteurs et d’actrices issus des minorités visibles qui se sont emparés de rôles de personnages écrits par et destinés à des hommes blancs. En France, Adrian Lester fut Hamlet pour Peter Brook, sur la scène des Bouffes du Nord en 2000. Elle continue de diviser. Récemment, les exécuteurs testamentaires du dramaturge Edward Albee ont empêché une mise en scène de Qui a peur de Virginia Woolf ? dans laquelle le rôle de Nick, que tenait George Segal dans l’adaptation de Mike Nichols en 1966, était destiné à un comédien afro-américain.

Le « color-conscious casting » a lentement gagné le cinéma

Le color-conscious casting a lentement gagné le cinéma. Deux réalisateurs britanniques, venus du théâtre, y ont eu recours ces dernières années : William Oldroyd dans son adaptation de Lady Macbeth de Mzensk, The Young Lady (2016), Josie Rourke dans Marie Stuart, reine d’Ecosse (2018). A la télévision, David Oyelowo a été Javert dans la version des Misérables que la BBC a proposée en 2018. L’acteur britannique d’origine nigériane avait incarné un pasteur américain dans Selma (2014), il devenait cette fois un policier français.

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