Sur la montagne Sainte-Victoire, Paul Cézanne au sommet


Cézanne, Paul 1839-1906. AKG- IMAGES / FLORENT MICHEL / 11H45 POUR « LE MONDE »

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Publié aujourd’hui à 03h07

Si l’envie vous prend de grimper au sommet de la Sainte-Victoire, près d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), vous croiserez peut-être cet habitué des lieux – appelons-le Eric. Lui aussi s’apprête à emprunter le sentier Imoucha, qui mène du barrage de Bimont à la croix de Provence, sur la pointe occidentale de la montagne. Très aimable, Eric donne quelques conseils, détaille l’itinéraire à suivre ; jusque-là, aucune allusion à la peinture, ce n’est pas le sujet. Quand soudain, en guise d’adieu : « Vous verrez : là-haut, c’est sublime ! Le paysage de Cézanne, mais en 3D. » Voilà : en Provence et partout dans le monde, parler de la Sainte-Victoire, c’est parler de Paul Cézanne (1839-1906).

Comme si, dans le regard collectif, l’image de cette barre rocheuse avait fini par disparaître derrière l’œuvre qui la fit reine. On raconte d’ailleurs que Picasso, devenu propriétaire du château de Vauvenargues, sur le flanc nord de la montagne, s’était vanté auprès de son marchand d’art d’avoir « acheté la Sainte-Victoire de Cézanne ». « Mais laquelle ? demande l’autre. Il y en a tant… » « L’originale », aurait répondu Picasso.

« La Montagne Sainte-Victoire,  vue de la colline de Montbriand » (1882-1885), de Paul Cézanne (1839-1906).

Il faut dire que Cézanne y a mis du sien. Vue de près ou de loin, suggérée ou trônant en plein centre de l’image, à l’huile ou à l’aquarelle, la Sainte-Victoire figure sur au moins quatre-vingt de ses œuvres. Pour la seule perspective qui nous occupe, depuis la colline de La Constance, on ne compte pas moins de treize huiles et beaucoup plus de dessins, puisque Cézanne passait son temps à produire des croquis. La Montagne Sainte-Victoire vue de la colline Montbriand, une huile sur toile du début des années 1880, fait partie de cet ensemble. Elle est conservée au Metropolitan Museum de New York.

Le lieu où l’œuvre a été peinte est situé un peu en hauteur, à l’ouest de la ville. Accessible par la route de Valcros, La Constance se trouve à moins de trois kilomètres du Jas de Bouffan, magnifique bastide du XVIIIe siècle dont Cézanne père avait fait l’acquisition en 1859. De ce domaine de 15 hectares, il était possible de voir la montagne et son grand plissé gris clair, dressé comme une vague au milieu de la plaine provençale. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas : le parc a perdu les trois quarts de sa superficie, amputé par la construction d’une autoroute. Quant à la maison, elle a été transformée en musée par la municipalité, qui mène en ce moment d’importants travaux de réhabilitation.

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