« Star Wars », « Scream », « Zorro »… Huit films qui masquent leurs héros


« Scream », film de Wes Craven.

Histoire de donner un peu de sel au port du masque rendu obligatoire depuis la pandémie, (re)découvrons les films qui ont fait de cet accessoire (dissimulateur autant que révélateur) un objet de fascination, de terreur ou de répulsion.

« Star Wars – Un nouvel espoir » (1977) : l’effrayant Dark Vador

Il faudrait revoir Un nouvel espoir, de George Lucas, premier épisode de Star Wars sur le plan de sa divulgation chronologique, pour se remettre en mémoire, à travers l’apparition sépulcrale de Dark Vador – Anakin Skywalker –, la découverte d’un des masques les plus effrayants jamais produits par le cinéma. Inscrit dans l’imaginaire collectif comme une des grandes figures du mal, Darth Vader – tel que l’anglais l’entend en le rattachant d’emblée à une tragédie de la filiation – est le pilier méphistophélique de cette saga qui s’éparpillerait sans lui dans l’anecdotique.

Il n’est pas inutile, à cet égard, de rappeler quelques spécificités de son apparence. Pour aller à l’os, Vador est une tête de mort stylisée en métal noir, surmontée d’un casque que d’aucuns prétendent samouraï, mais qui pourrait aussi bien descendre du design nazi. Cela suffit à ranger l’aimable cyborg dans l’imagerie indépassable de la SS. On y ajoutera la cape pour l’emphase héroïque, le sabre laser rouge pour la modernité spatiale, le panneau de contrôle électronique sur le plastron pour la réalité augmentée. A quoi répond, géniale trouvaille, l’appareillage sonore du respirateur artificiel qui métallise la voix et confère à la respiration le vrombissement inquiétant d’un hélicoptère en approche.

Ce harnachement étanche, cette dénaturation généralisée, cette humanité intégralement occluse sont la clé de l’effroi suscité par le personnage. Le masque de Vador, surface monolithique où ne se distinguent pas même la bouche ni les yeux, pose d’emblée la question au spectateur de l’humanité qui y est celée. Il fait de la créature un équarrisseur mécanique, une force codée par un programme méphitique, une incarnation de la mort sur terre. La question pourtant demeure, qui résume celle de la saga : Dark Vador a-t-il une âme ? Même ténue, même résiduelle, la question de l’humanité de Dark Vador fonde toute la dramaturgie de Star Wars.

Le paradoxe étant que tout ce qui vient ultérieurement l’attester l’affaiblit dans le même temps. Voici pourquoi la première trilogie, découverte alors que le passé du personnage nous est inconnu, reste inégalable. L’agonie de Dark Vador à la fin du troisième volet, Le Retour du Jedi (1983), nous le fait comprendre. Mortellement touché par l’empereur sith Dark Sidious qu’il vient de précipiter dans l’abîme pour sauver son fils Luke, soutenu par ce dernier tandis qu’il agonise, il ôte pour la première fois son casque. Moment pathétique où l’on découvre que le roi est nu. Crâne glabre en forme d’obus, visage couturé de clown blanc décati, regard globuleux : Dark Vador n’était donc que l’exosquelette d’un être réduit à l’état de résidu, pièce d’humanité souffrante à laquelle le scénario, sinon le spectateur, dispense urbi et orbi sa rédemption. Jacques Mandelbaum

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