« Selon Freeman Dyson, l’absence de dynamique contradictoire a empêché la création de réacteurs nucléaires vraiment performants et sûrs »


Freeman Dyson, à Princeton (New York), en avril 2016.

Carte blanche. Avec cet esprit d’indépendance qui le caractérisait, le physicien Freeman Dyson nous a quittés en février 2020, à 96 ans, pour d’autres raisons que le Covid-19… Ce scientifique fécond aura participé à des avancées majeures en électrodynamique quantique, où il contribua de façon décisive aux succès des approches révolutionnaires de Richard Phillips Feynman (1918-1988). Son activité ultérieure de théoricien en physique de la matière condensée et en mathématiques suscite également l’admiration par la diversité et la profondeur incroyables dont il fit preuve. Pour être tout à fait honnête, disons qu’il fut moins heureux quand, tardivement, il s’exprima sur le climat, plus loin de ses domaines de compétence…

Pourtant, il y eut un de ces pas de côté où Dyson fit la réelle démonstration de son génie. A l’été 1956, il accepte l’invitation à se joindre à un groupe de chercheurs pendant plusieurs semaines dans une école abandonnée de San Diego, pour réfléchir à des alternatives aux choix technologiques qui commençaient à s’imposer dans le nucléaire civil en développement. Avec les moyens du bord et dans une effervescence qui n’avait rien à envier aux start-up d’aujourd’hui, Dyson sera le fer de lance d’une collaboration qui débouchera sur l’invention du réacteur Triga, mis sur le marché trois ans plus tard et encore exploité de nos jours. La caractéristique essentielle du Triga est sa sécurité intrinsèque : quoi qu’il arrive à ce réacteur, une réaction d’emballement avec fusion du cœur est structurellement impossible. Malheureusement, sa petite taille le réserve pour des activités de pointe, et les grosses centrales actuelles productrices d’électricité doivent toutes encore gérer un risque de dérive aux conséquences catastrophiques.

La genèse du Triga est racontée par Dyson dans son livre Les Dérangeurs de l’univers (1979, Payot, 1986). Sa plume est pleine d’humour et de malice quand il fait le récit de cet épisode exceptionnel, mais il en tire également une réflexion profonde sur les dynamiques de recherche et d’innovation, dont la pertinence reste intacte quarante ans plus tard. En cette fin des années 1970 où il écrit, l’épuisement de l’enthousiasme et de l’effort initial d’après-guerre en matière de nucléaire civil est palpable, avec l’arrêt de plusieurs programmes de recherche et développement, ce qui lui inspire ce questionnement rétrospectif : « La fission nucléaire n’est plus un terrain de jeu prometteur, ni pour des jeunes scientifiques ni pour des investisseurs. Qu’est-ce qui n’a pas marché avec le nucléaire civil ? »

Il vous reste 37.56% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link

Leave a Reply

%d bloggers like this: