Retour sur quinze années d’erreurs de Biden en Irak – Un si Proche Orient


Fervent partisan de l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, Joe Biden a même plaidé pour la division de ce pays en trois entités autonomes, tout en stigmatisant la France en termes injurieux.

Joe Biden à Bagdad, le 29 novembre 2011 (Ahmed Al-Rubaye, AFP)

Alors que Barack Obama s’opposait courageusement à l’invasion de l’Irak, en 2003, son futur vice-président en était un chaud partisan au Sénat. Joe Biden est allé encore plus loin que la plupart des « faucons », proposant en 2006-2007 que l’Irak soit divisé en trois entités autonomes, sunnite, chiite et kurde, ce qui n’aurait fait qu’aggraver la guerre civile alors en cours, elle-même directement causée par l’occupation américaine. Il est important de revenir sur cet épisode, très révélateur de la vision du Moyen-Orient du prochain locataire de la Maison blanche, afin que l’idéalisation du vainqueur de Donald Trump ne conduise pas à de nouvelles et sérieuses désillusions.

UN « FAUCON » PRET A DIVISER L’IRAK

Biden, sénateur du Delaware depuis 1973, préside la puissante commission des Affaires étrangères quand, à l’été 2002, il relaie la propagande de l’administration Bush sur les « armes de destruction massive » que détiendrait l’Irak: « Saddam Hussein doit abandonner ces armes ou il doit abandonner le pouvoir ». Un tel soutien est essentiel pour la Maison blanche, confrontée à un Sénat majoritairement démocrate. En octobre 2002, Biden est un des 29 sénateurs démocrates à voter, contre l’avis de 23 autres et aux côtés de 48 élus républicains, le chèque en blanc qui permet à George W. Bush de mener la guerre à sa guise en Irak. En juillet 2003, trois mois après le renversement de Saddam Hussein, et malgré l’échec des 150.000 soldats américains en Irak à trouver la moindre trace d’armes de destruction massive, Biden persiste et signe: « Je l’ai dit l’an passé, et je le crois aujourd’hui, avec les milliards de dollars à la disposition de Saddam, je n’ai aucun doute qu’au bout de cinq ans, il aurait gagné accès à une arme nucléaire tactique ».

Le toujours sénateur Biden participe alors activement à la campagne de dénigrement de la France, accusée de tous les maux pour ne pas avoir soutenu l’invasion américaine de l’Irak: « Nous savons tous que les Français ont été tout sauf coopératifs, qu’ils ont même été casse-c… » (a pain in the you-know-what). Cette diffamation du plus vieil allié des Etats-Unis s’accompagne d’une manoeuvre de Biden pour réécrire sa propre histoire sur l’Irak: en octobre 2004, il affirme « n’avoir jamais cru à la détention d’armes de destruction massive » par le régime de Saddam. Alors que la constitution d’un Irak fédéral et démocratique est approuvée par référendum en octobre 2005, donnant de larges pouvoirs au gouvernement régional du Kurdistan, dans le nord du pays, Biden propose, six mois plus tard, d’aller encore plus loin en divisant l’Irak en trois entités sunnite, chiite et kurde, le pouvoir central de Bagdad étant réduit au minimum. Cette partition de fait du pays suscite d’autant plus d’oppositions qu’elle risquerait offrir aux jihadistes de « l’Etat islamique en Irak » (EII) le contrôle sur une zone vidée de sa population chiite.

Joe Biden à Bagdad, le 28 avril 2016 (Pool)

UNE VISION CONFESSIONNELLE DU MOYEN-ORIENT

Dans un Irak encore largement multicommunautaire, surtout à Bagdad, le « plan Biden » aurait contribué, s’il avait été adopté, à accélérer le nettoyage ethnique perpétré par les milices confessionnelles. La logique tripartite du sénateur démocrate est transposée abruptement depuis la Bosnie-Herzégovine, où elle n’a pourtant conduit qu’à paralyser l’autorité de Sarajevo. Elle est en outre terrible pour les groupes minoritaires que sont les Chrétiens, les Turkmènes ou les Yézidis, livrés à l’arbitraire du groupe dominant dans son secteur respectif d’Irak. Biden s’oppose en revanche au « surge » américain en Irak, où les renforts déployés s’appuient sur des milices sunnites, dites du « Réveil » (Sahwa), pour refouler, et finalement vaincre les groupes jihadistes. Biden préfère plutôt poursuivre le mirage de son « plan », approuvé par un vote non-contraignant du Sénat en septembre 2007, au moment même où un sondage conduit par la BBC en Irak donne 9% de réponses favorables à une division de l’Irak (contre 62% en faveur d’un gouvernement central digne de ce nom).

La vision de l’Irak par Biden est définie par des critères strictement confessionnels, sans prise en compte du sentiment national irakien, ni des conséquences pour le reste du Moyen-Orient d’un éclatement du pays. Quand Obama confie, en 2009, le dossier irakien à son vice-président, celui-ci va miser sans réserve sur l’homme fort de la communauté chiite, Nouri al-Maliki, Premier ministre depuis 2006. Biden apporte ainsi un soutien déterminant au maintien de Maliki à son poste, en novembre 2010. Peu importe l’autoritarisme de plus en plus agressif du chef du gouvernement irakien, sa coopération de plus en plus étroite avec l’Iran et son acharnement sectaire contre les milices sunnites du « Réveil », seul compte pour Biden la réussite du retrait américain hors d’Irak en 2011. Cette politique américaine à très courte vue favorise le retour de flamme de l’EII qui, en 2013, prend pied dans la Syrie voisine et devient « l’Etat islamique en Irak et en Syrie », connu sous son acronyme arabe de Daech. Ce n’est qu’en août 2014, deux mois après la chute de Mossoul et un mois après la proclamation du pseudo-califat jihadiste, que Biden abandonnera enfin Maliki, contraint de quitter le pouvoir. il n’en pèsera pas moins en faveur d’une couverture aérienne des Etats-Unis aux milices pro-iraniennes, qui a permis aux Gardiens de la Révolution d’étendre leurs réseaux dans tout le pays et les a placés en position de force lors de la crise de janvier dernier.

Ce rappel de l’histoire irakienne de Biden prouve que, chaque fois qu’il a eu à trancher, le sénateur, devenu vice-président, a toujours choisi l’option la plus risquée en termes de conflit international et de guerre civile. Et rien ne prouve que le futur président ait tiré la moindre leçon de tant d’erreurs passées.



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