Pourquoi Emmanuel Macron a tort de dire que l’épidémie de Covid-19 a « surpris » tout le monde


« Nous avons tous été surpris ». A ceux qui critiquent sa gestion de l’épidémie de Covid-19, Emmanuel Macron a rétorqué mercredi 28 octobre que le virus aurait circulé en octobre à une vitesse qui dépasse tous les scénarios envisagés jusqu’ici. Mais sept mois après le premier pic épidémique du printemps, le coronavirus SARS-CoV-2 continue-t-il vraiment de nous surprendre ? Ou a-t-on ignoré les signaux d’alerte ?

Ce qu’il a dit

Pour Emmanuel Macron, « le virus circule en France à une vitesse que même les prévisions les plus pessimistes n’avaient pas anticipée ». Selon lui, « nous avons tous été surpris par l’accélération soudaine de l’épidémie. Tous. »

POURQUOI C’EST FAUX

L’Institut Pasteur avait envisagé une saturation encore plus rapide des services de réanimation

Bien sûr, il n’est pas simple d’anticiper l’évolution d’une épidémie. Il faut également reconnaître qu’un grand nombre d’opinions divergentes se sont exprimées sur l’épidémie due au coronavirus SARS-CoV-2 au cours des dernières semaines. Mais les propos du chef de l’Etat posent problème lorsqu’il prétend que la situation actuelle dépasserait tout ce qui a pu être imaginé par les spécialistes jusque-là.

Les différentes modélisations qui ont été versées au débat public ces derniers mois tentaient d’explorer plusieurs cas de figures possibles. Un exercice difficile puisqu’il existe de nombreuses incertitudes sur les propriétés du virus et sur des facteurs humains.

Début octobre, le gouvernement s’est appuyé à plusieurs reprises sur des prévisions de l’Institut Pasteur datées du 25 septembre. Le 4 octobre, Le Journal du Dimanche relayait ces « projections qui inquiètent le gouvernement », évoquant une possible saturation des services de réanimation dès la mi-novembre. Ces graphiques diffusés sur Twitter par le ministère de la santé reprennent ainsi ces modélisations dans plusieurs villes :

Sauf qu’à la fin du mois de septembre, plusieurs indicateurs pouvaient laisser penser que l’épidémie semblait ralentir, ou progresser moins rapidement, comme on peut le voir dans les graphiques ci-dessous.

Les projections de l’Institut Pasteur, fondées sur une percée plus rapide du virus, ont alors été critiquées, par exemple dans un article de Libération qui les jugeait « trop » alarmistes. Mais loin d’atteindre un « plateau » comme l’ont affirmé certains commentateurs à l’époque, la courbe de l’épidémie s’est envolée depuis, suivant, avec un peu de retard, une trajectoire similaire à celle envisagée par l’institut fin septembre.

Le conseil scientifique avait insisté sur la difficulté de « prédire » l’évolution de la situation

A la même époque, le 22 septembre, le conseil scientifique Covid-19 alertait dans une note le gouvernement sur les risques d’une diffusion non maîtrisée du virus. Les auteurs insistaient sur le fait qu’il « n’est pas possible de “prédire” la trajectoire de l’épidémie dans la mesure où cette trajectoire dépend fortement de l’évolution des comportements individuels » ainsi que des mesures sanitaires de lutte contre l’épidémie.

Ils ont cependant proposé des modélisations de l’évolution du nombre de personnes admises en réanimation dans plusieurs grandes régions en fonction de différents scénarios :

  • Le premier, où la dynamique de diffusion du virus resterait inchangée par rapport aux semaines précédentes ;
  • Le deuxième, où la transmission diminuerait, grâce aux restrictions sanitaires ;
  • Le troisième, où elle augmenterait, par exemple à cause du temps passé dans des lieux clos parce que la température baisse.

Ces graphiques montrent à quel point une faible variation de la dynamique de l’épidémie bouleverse les prévisions à quelques semaines :

Ce graphique estime les besoins en lit de réanimation en Auvergne-Rhône-Alpes pour faire face à l’épidémie de Covid-19 en fonction de différents scénarios à partir de la fin du mois de septembre 2020.

Contrairement à ce qu’a affirmé Emmanuel Macron, le scénario actuel était donc bien sur la table. S’il n’était pas possible de prédire à quel rythme l’épidémie pourrait progresser, plusieurs modélisations ont anticipé les ferments de la situation actuelle, en envisageant même parfois des hypothèses encore plus alarmantes.

Des modélisations souvent décriées, bien qu’il ne s’agisse pas de « prévisions »

Ce débat fait écho à la controverse sur les travaux de l’épidémiologiste Neil Ferguson, de l’Imperial College à Londres. Ce dernier avait transmis au mois de mars au gouvernement une modélisation très discutée depuis. Il y était notamment estimé qu’en retenant les pires hypothèses sur le Covid-19 et l’absence de toute mesure de prévention ou de lutte, l’épidémie pourrait faire 300 000 à 500 000 morts en France.

Ce scénario noir ne s’est pas réalisé, en partie parce que le virus n’était pas aussi virulent que dans les pires hypothèses et que les mesures prises pour endiguer l’épidémie ont été drastiques, à commencer par le confinement généralisé pendant deux mois.

Tous ces calculs n’ont donc pas tant vocation à prédire l’avenir qu’à tenter de s’y préparer. « Les projections peuvent aider à mieux anticiper et à comprendre pourquoi il est important de ralentir la circulation du virus », plaidait récemment Simon Cauchemez, directeur de recherche à l’Institut Pasteur, dans Le Parisien.

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