« Platon a rendez-vous avec Darwin », un essai pour réconcilier les sciences et les humanités


En 1959, l’écrivain Charles Percy Snow donne à Cambridge une conférence célèbre, intitulée « Les deux cultures ». Il y fait le constat que les cultures scientifique et littéraire se sont séparées et que ce gouffre empêche de réussir toute transformation sociale qui mènerait, par exemple, à la réduction du fossé entre riches et pauvres.

Les Belles Lettres réédite ce texte et publie conjointement un essai original proposant, en quelque sorte, de corriger ce constat. Cette « nouvelle alliance », proposée par Vincent Le Biez, reprend les termes d’un essai de 1979 du chimiste Ilya Prigogine et de la philosophe Isabelle Stengers, mais cherche à le prolonger. Là où les deux auteurs belges remettent l’homme dans la nature pour réduire la fracture, Vincent Le Biez essaie de rapprocher les deux, vus comme deux systèmes obéissant à des lois non pas semblables mais au moins analogues.

Cette subtile différence évite l’écueil des rapprochements au forceps consistant à appliquer des méthodes dites scientifiques sur des objets socio-économiques et qui ont abouti à de retentissants échecs, comme l’eugénisme ou le lyssenkisme.

Complexité fondamentale

Il s’agit donc plutôt de souligner des points communs entre une science de la nature, qui a progressé vers plus de complexité, passant de la physique classique à la physique statistique, puis à la biologie, et l’évolution même des humains et de leurs sociétés, qui, là aussi, va vers plus de complexité. Ce dernier terme est davantage qu’un qualificatif pour dire que c’est compliqué. C’est une des caractéristiques fondamentales de ces deux « systèmes », dont des propriétés à une échelle ne peuvent se déduire des propriétés à l’échelle en dessous. Cette émergence s’observe aussi bien dans les phénomènes de transition de phase que dans les mouvements d’une foule faisant une ola dans un stade ou que dans le vol ordonné d’une nuée d’étourneaux.

Vincent Le Biez mobilise donc les connaissances scientifiques sur les systèmes complexes pour voir ce qu’elles diraient des sociétés. A grands traits, la théorie de l’évolution permet de comprendre un progrès sans finalisme. La définition de ce qui est vivant ou non renvoie au concept de perméabilité sélective, permettant d’envisager des sociétés ouvertes avec des contraintes. La théorie des jeux enseigne que la coopération peut exister en compétition. La thermodynamique explique le risque mortel à s’imaginer en système fermé, au destin fatal. En vis-à-vis s’éclairent différemment les termes politiques de mondialisation, décroissance, protectionnisme, gouvernement… Chaque chapitre est ainsi construit sur un balancement d’auteurs et d’idées venus du champ scientifique et du champ des humanités.

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