Peter Cherif, vingt minutes de silence


Dessin d’audience représentant Peter Cherif le 23 octobre au tribunal de Paris.

Il est des silences plus froids que d’autres, et celui qui s’est abattu sur le procès des attentats de janvier 2015, vendredi 23 octobre, entre 18 heures et 18 h 20, fut glacial. Vingt minutes de rien particulièrement pesantes, en raison du profil de celui qui n’a rien dit, et de l’attente que son passage devant la cour d’assises spéciale de Paris avait suscitée.

Peter Cherif a été arrêté fin 2018 à Djibouti ; il est détenu en attendant son procès pour « association de malfaiteurs terroriste ». Ce Français de 38 ans est soupçonné d’avoir été un rouage essentiel, voire l’instigateur de l’attentat de Charlie Hebdo.

En 2011, Cherif Kouachi s’était rendu au Yémen où Peter Cherif, son ami d’enfance, occupait une fonction de cadre au sein de l’organisation Al-Qaida dans la péninsule arabique (AQPA). Ce dernier est accusé d’avoir facilité l’intégration de Cherif Kouachi dans les rangs d’AQPA, qui allait revendiquer la tuerie commise par lui et son frère Saïd le 7 janvier 2015.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Procès des attentats de janvier 2015 : « Moi, Peter Cherif », ex-membre d’Al-Qaida

Peter Cherif devait initialement témoigner le 24 septembre par visioconférence depuis sa prison de Bois-d’Arcy (Yvelines), mais l’audience avait été suspendue toute la journée en raison du malaise d’un accusé. Vendredi 23 octobre, l’interrogatoire reporté était prévu à 10 h 30. Puis à 11 h 30 pour cause de « problèmes techniques », selon le président de la cour. Puis à 16 h 30 « pour des raisons qui sont liées à son refus de comparaître. Mais nous ne désespérons pas ».

Tirade confuse sur l’existence de Dieu

17 h 30 : « Je ne vous cache pas que les conditions pour faire venir Peter Cherif en visioconférence sont très délicates, explique le président. On a essayé de faire en sorte qu’on n’utilise pas la force publique, car ce n’est pas le meilleur moyen de faire parler quelqu’un, mais la cour a tenu à ce qu’il se présente en qualité de témoin. » Peu avant 18 heures, Peter Cherif apparaît enfin à l’écran, visage fermé, bras croisés, encadré par deux policiers.

Le président commence : « Pouvez-vous nous donner votre nom, votre prénom et votre âge ? » En guise de réponse, Peter Cherif se lance dans la récitation en arabe de la Fatiha, la sourate d’ouverture du Coran, puis annonce : « Au nom de Dieu le clément et le miséricordieux, le seul témoignage que je vais vous apporter aujourd’hui, c’est le témoignage de l’unicité de Dieu. » Un léger malaise gagne la salle, qui s’amplifiera de minute en minute.

Il vous reste 63.39% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link

Leave a Reply

%d bloggers like this: