partir, pour une femme, « c’est une double opex »


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Publié aujourd’hui à 15h13, mis à jour à 15h15

Elles ont généralement appris la triste nouvelle dans les couloirs du régiment, parfois par une autre « fille de l’escadron », ou simplement en consultant les réseaux sociaux. L’annonce, le 2 janvier, du décès de la première militaire française, au Mali, en huit ans de guerre, dans le cadre de l’opération « Barkhane », a suscité un irrépressible tressaillement chez un certain nombre de femmes engagées que Le Monde a pu rencontrer, début mars, au sein de trois régiments de l’armée de terre situés dans l’Est de la France.

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Les brigadiers chefs Anne-Laure et Mélisiane, l’adjudant Chantal, la maréchal des logis-chef Jennifer et la lieutenant Margaux − leur anonymat doit être respecté − ne sont pas du genre à se laisser impressionner. « La femme est un soldat comme un autre », martèlent-elles. Les deux premières sont engagées au sein du premier régiment de chasseurs de Thierville-sur-Meuse (Meuse). Un régiment de blindés dont le matériel phare est le char Leclerc, et où les couleurs avaient déjà été mises en berne, le 28 décembre, à la suite de la mort de trois camarades, au Mali. Les suivantes appartiennent au 40e régiment d’artillerie de Suippes (Marne). Tandis que la dernière est pilote au sein du 3e régiment d’hélicoptères de combat d’Etain (Meuse).

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Mais voilà. La sergente Yvonne Huynh, 33 ans, décédée le 2 janvier, et issue du 2e régiment de hussards de Haguenau (Bas-Rhin), spécialisé dans le recueil de renseignement humain, était aussi mère d’un garçon d’une dizaine d’années. C’était son deuxième « mandat Barkhane ». Sa disparition, aux côtés d’un jeune brigadier de 24 ans, à la suite de l’explosion d’un engin explosif improvisé au passage de leur véhicule, a suscité un sentiment « bizarre », une sorte de « petit quelque chose », ont confié ces femmes militaires.

« L’enfant a changé mes plans »

La brigadier-chef Mélisiane, 27 ans, pilote de véhicule blindé léger, à Thierville-sur-Meuse (Meuse), le 1er mars. Engagée depuis 2017 au sein d’un escadron de reconnaissance et d’intervention, elle est pacsée et maman d’un enfant en bas âge. Elle n’a pas encore été envoyée en opération extérieure.

Si le ministère des armées tente depuis peu de développer une politique volontariste en faveur de la mixité – un « plan mixité » a été lancé en 2019 – le nombre de femmes au sein des troupes françaises – bien que parmi les plus élevés au monde – reste, depuis dix ans, invariablement autour de 15 % en moyenne, et de seulement 10 % dans l’armée de terre. Les chiffres chutent encore plus lorsqu’il s’agit d’opérations extérieures (opex) : seules 8 % de femmes s’y aventurent, et souvent sur des postes administratifs ou de soutien. Yvonne Huynh était à ce titre une somme d’exceptions à elle toute seule.

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