Notre voix, un instrument si fragile


Métro Muette, à Paris. Ironie des lieux : c’est ici qu’on descend pour entendre la voix d’un expert de la voix humaine en souffrance. Chirurgien phoniatre et médecin ORL, Jean Abitbol consacre son savoir, depuis trente-cinq ans, à réparer les voix blessées, fêlées ou brisées. Enseignants et avocats, comédiens et chanteurs sont parmi les premiers touchés.

Avant même d’être une arme de séduction ou de persuasion, notre voix est une affaire de cordes vocales. Avant même d’être éloquence ou rhétorique, l’art oratoire l’est tout autant. Les cordes vocales ? Deux frêles replis logés dans notre larynx, que les experts préfèrent nommer « plis vocaux », vu leur forme. Deux petits plis tout pâles, à mille lieues de la subtile musique d’une voix. Pourtant, ces deux petits plis sont à la source d’une des plus formidables aventures qui soit : celle de la parole, parallèle à celle de l’humanité. Mais la vie, pleine de bruit et de fureur, les met souvent à rude épreuve.

Bref aperçu physiologique. Au repos, nos deux cordes vocales forment un V, telle une paire de ciseaux ouverte. Quand nous parlons, deux événements simultanés se produisent. D’une part, les muscles de notre larynx font pivoter ces deux cordes l’une vers l’autre : le V se referme, elles s’accolent. D’autre part, le souffle issu de nos poumons remonte, se faufile entre elles et les sépare en leur partie médiane, très souple. Ensuite, ces parties flottantes reviennent à leur position initiale en se heurtant : elles vibrent à un rythme très rapide, « un peu comme un drapeau qui claque au vent », observe Benoît Amy de la Bretèque, médecin phoniatre au CHU de Montpellier. « Quand nous chantons un “la”, elles se heurtent 440 fois par seconde ! », précise Jean Abitbol. De sorte que, si elles n’étaient pas correctement lubrifiées, un œdème ou une plaque de kératose (un épaississement de la couche de surface) se formerait. Pour nous permettre de parler ou de chanter convenablement, nos cordes vocales doivent donc « réunir trois conditions : une bonne fermeture, une bonne vibration et une bonne lubrification », résume Jean Abitbol.

Cathédrale et articulateurs

Une précision s’impose. Les vibrations de nos cordes vocales sont bien à la source de notre voix. Mais elles ne deviennent voix parlée (ou chantée) qu’au sortir de notre bouche. Auparavant, elles doivent d’abord être amplifiées et filtrées dans une caisse de résonance : la « cathédrale » de la voix, un ensemble de cavités qui comprend le haut du larynx, le pharynx, la cavité buccale et les fosses nasales. Puis elles sont transformées en voix articulée. C’est là qu’entrent en scène les mouvements subtils et sophistiqués de nos « articulateurs » : notre langue, nos lèvres et le voile de notre palais. Ces mouvements, nous les avons largement automatisés quand nous avons appris à parler.

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