Noir, femme, gay, musulman… De plus en plus de patients en quête d’un psy qui leur ressemble


Les psys dits « safe » ou « situés » figurent sur des listes de praticiens non-Blancs et/ou renseignés sur les thématiques liées au racisme.

« Vos parents parlent-ils français ? Mais comment avez-vous fait pour être admise dans cette grande école ? Vous avez combien de frères et sœurs ? Je pensais que dans les familles comme les vôtres, on était plutôt sept ou huit. » Quand Hajar (le prénom a été modifié), entend ces questions dans le cabinet d’une praticienne du Bureau d’aide psychologique universitaire à Paris, elle a du mal à y croire. Nous sommes alors en 2019, l’étudiante en sciences politiques, qui ne se sent pas à sa place dans son école, est en proie à des pulsions suicidaires. « Ma psy ne m’a pas du tout aidée, elle a tout de suite amené mon identité de femme musulmane sur la table. J’avais l’impression qu’elle m’imaginait vivre dans un bidonville, c’était incroyablement réducteur. »

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Hajar en parle à une camarade, qui lui donne ce conseil : « Pour ne pas perdre de temps à te justifier, va chercher un psy qui a des chances d’avoir vécu les mêmes choses que toi. » Son amie, noire de peau, ne s’est sentie épanouie qu’après avoir pu consulter un psychologue noir. A 21 ans, Hajar est aujourd’hui en pleine quête d’une thérapeute musulmane. Au cours de ses recherches en ligne, l’étudiante découvre l’existence des listes de psys dits « safe » ou « situés », contenant des contacts de praticiens non blancs et/ou renseignés sur les thématiques liées au racisme. Ces mêmes listes, souvent élaborées de façon participative par des collectifs militants, sont également déclinées pour les patients LGBT+.

Concept anglo-saxon

C’est par cette voie qu’est passé Sébastien, maître de conférences en littérature, « dépressif depuis l’enfance », pour trouver son dernier psychanalyste. « J’ai décidé de changer tous mes soignants quand une pharmacienne a refusé de me délivrer un médicament pour soigner une infection sexuellement transmissible, en disant que je n’avais qu’à faire attention », se remémore-t-il. Le quadragénaire installé entre Paris et Aix finit par tomber sur le site Medecin-gay-friendly.fr. « J’ai trouvé un psy dont je suppose qu’il est gay. Mais c’est avant tout une projection : je n’ai pas besoin de savoir ce qu’il se passe dans son lit. En tout cas, cela facilite les choses en termes de transfert. Lors de mes précédentes analyses, j’investissais le thérapeute d’une figure de père et certains sujets restaient tabous, notamment la sexualité. Aujourd’hui, j’ai plus l’impression de m’adresser à un frère, et je me sens moins infantilisé. »

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