Michaël Fribourg, entrepreneur à forte culture ajoutée


Michaël Fribourg, PDG de Chargeurs, le 24 septembre 2019.
Michaël Fribourg, PDG de Chargeurs, le 24 septembre 2019. Bruno DELESSARD / Challenges-REA

Sous les miroirs et les délicates fresques XVIIIe du Grand Véfour, le restaurant parisien à l’ombre des arcades du Palais-Royal, deux hommes attablés discutent au milieu du brouhaha. PDG et pointures de la finance s’apprêtent à désigner le « Stratège de l’année », sous la présidence de Bernard Arnault, l’empereur du luxe. Ce 11 mars 2015, Denis Kessler, le patron de la Scor, reçoit son trophée des mains d’Emmanuel Macron, le jeune ministre de l’économie…

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Mais ce n’est pas Macron, son ex-protégé chez Rothschild, dont le banquier François Henrot s’entretient avec Eduardo Malone, le PDG de Chargeurs, groupe spécialisé dans le textile et la chimie. « J’ai une idée pour toi. Quelqu’un de bien, pour la suite… » Celui qu’il recommande à l’homme d’affaires franco-argentin, à la tête de l’entreprise au côté de Jérôme Seydoux, s’appelle Michaël Fribourg. Il n’a que 32 ans et une audace rare. Il sait que le tandem Seydoux-Malone est prêt à vendre la firme historique qui lui a donné tant de fil à retordre ces dernières années. Les deux coprésidents de Pathé entendent décrocher, pour rester concentrés sur le cinéma.

Et Fribourg veut acheter. Les diplômes du jeune homme font forte impression : l’Ecole normale supérieure (ENS) de Cachan, concours à dominante économique et sociale, un master d’affaires publiques à Sciences Po, de la philo à la fac, puis l’ENA. Mais enfin, il n’a jamais géré une multinationale de 2 000 personnes, présente dans 90 pays. Ses quelques années de cabinet ministériel, des rapports remarqués et/ou controversés, un passage dans une banque d’affaires, sont encore jugés un peu courts pour avaler ce gros poisson. « Henrot me l’avait garanti. C’était déterminant, mais pas suffisant. C’est une société cotée, je n’allais pas lui donner les infos comme ça ! », s’exclame Eduardo Malone.

En stratège minutieux

En réalité, Michaël Fribourg, en stratège minutieux, a constitué son tour de table et mis dans sa poche Philippe Guez, un des vice-présidents de Rothschild jusqu’en 2017, pour jouer le « M. Bons offices ». « C’était une opération peu commune. Une des rares de cette nature qui aient été faites en Europe », note l’ancien dirigeant de la Deutsche Bank. « Souvent, quand vous avez affaire à des gens de ce niveau, ils sont pessimistes et raisonnables. Lui, c’est un fonceur, qui va voir les usines, qui va voir les gens, il a la vision. » Malone confirme : « Il a tout étudié, secteur par secteur, ça c’est l’excellence des cerveaux français. La plupart du temps, il avait vu juste. »

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