Marion Verdaguer, l’infirmière bretonne qui a rendu l’hôpital polyglotte


Le Monde vous donne rendez-vous mardi 13 octobre pour une nouvelle édition de l’événement O21, s’orienter au XXIème siècle : toute la journée, des conférences sur l’orientation et les choix d’études seront diffusées en ligne et en direct depuis Rennes. Parmi les intervenants, Marion Verdaguer témoignera de son parcours.

Marion Verdaguer participera à l'événement O21 Rennes, diffusé en ligne mardi 13 octobre.

Imaginez le décor d’abord : les urgences du centre hospitalier universitaire (CHU) de Rennes, sur le site de Pontchaillou, il y a quelques années, durant une nuit bruyante et agitée. Les personnages ensuite : un chauffeur de poids lourd géorgien, tordu de douleur, qui ne parle que le russe et, face à lui, une infirmière bretonne en poste aux urgences. Enfin, le nœud du problème : l’impossibilité totale pour le patient et la soignante de communiquer entre eux.

Cette scène est décrite par Marion Verdaguer, l’infirmière en question, qui interviendra lors de l’événement O21 Rennes organisé par Le Monde le 13 octobre. « On l’interroge “Où est-ce que vous avez mal ? et la personne ouvre grands les yeux. Alors, bien sûr, on cherche sur Google Traduction, mais le patient ne comprend rien parce que c’est très mal traduit. Voire ce n’est même pas le bon dialecte… On perd un temps fou ! » Et, jusqu’au bout, la soignante s’est demandé si elle n’était pas passée à côté d’une douleur thoracique grave.

Si un outil de traduction instantanée permet de commander le meilleur plat d’un restaurant à l’autre bout du monde, l’application n’est pas conçue pour traduire les expressions propres au domaine de la santé. Or rares sont les femmes qui arrivent à la maternité en annonçant : « J’ai eu une perte de liquide amniotique. » Elles diront : « J’ai perdu les eaux. » « Allez traduire ça sur Google ! », s’amuse Marion Verdaguer, dans le hall désert du centre cardio-pneumologique de Pontchaillou. De même que, si un patient explique être « tombé dans les pommes », l’outil proposera de mentionner une sombre histoire de fruits, au lieu du récit d’une perte de connaissance possiblement inquiétante.

350 phrases traduites dans 110 langues

A force de revivre les mêmes scènes d’une garde à l’autre, l’infirmière commence à lister les questions régulièrement posées lors d’un bilan de santé pour les faire traduire elle-même. « Avez-vous des fourmillements ? Montrez-moi où… » ; « Etes-vous essoufflé ? » ; « Avez-vous un traitement en cours ? » Pour arrêter d’entasser des fiches papier et rendre son travail accessible à tous les services de soins, la Bretonne finit par apprendre à coder pour créer son propre site Internet.

Il vous reste 51.69% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link

Leave a Reply

%d bloggers like this: