Marielle de Sarnez, infatigable militante du courant centriste, est morte


Marielle de Sarnez, devant l’Elysée, à Paris, le 31 mai 2017.

Pendant plus de quarante ans de compagnonnage, elle aura été l’alter ego, la confidente, l’inspiratrice, la femme de confiance de François Bayrou, le président du MoDem. Marielle de Sarnez et lui formaient un couple politique indéfectible, qui aura toujours cru en son étoile, mis résolument le cap vers le dépassement du clivage gauche-droite, résisté aux vents contraires, affronté les tempêtes, sans jamais se briser sur les récifs des échecs quand d’autres, beaucoup d’autres, avaient quitté le navire. Marielle de Sarnez est morte mercredi 13 janvier à Paris, à 69 ans, terrassée par une leucémie foudroyante. François Bayrou a annoncé son décès à l’Agence France-Presse (AFP), ainsi que dans un tweet.

Issue d’une famille de la noblesse d’Empire, éduquée dans le culte de la rigueur aristocratique et du gaullisme par un père résistant, Olivier de Sarnez, qui fut chef de cabinet du ministre de l’intérieur Roger Frey de 1961 à 1967, et une mère qui, du temps du Général, avait ses entrées à l’Elysée pour y réaliser des décorations florales, la jeune Marielle, née le 27 mars 1951 à Paris, a des envies de grand large. A 18 ans, après avoir pris en Mai-68, selon ses dires, « un bain d’engagement civique et d’émancipation » dans le mouvement étudiant et lycéen, elle se fait émanciper à peine le baccalauréat en poche. Aux études elle préfère l’indépendance et les petits boulots.

Alors qu’elle occupe un emploi de vendeuse, Ladislas Poniatowski, le fils du cofondateur, avec Valéry Giscard d’Estaing, des Républicains indépendants (RI), lui propose, en 1973, un poste de secrétaire à mi-temps chez les Jeunes RI. Elle y rencontre Jean-Pierre Raffarin, Dominique Bussereau, l’actuel président de l’Assemblée des départements de France, l’ex-garde des sceaux Pascal Clément – mort le 21 juin 2020 –, la fine fleur des jeunes giscardiens.

Droite non conformiste

Son efficacité est rapidement repérée : elle grimpe les échelons et intègre l’équipe de campagne de Giscard. « A l’époque, cela correspondait assez bien à une sorte de modernité… » pour une jeune fille de droite non conformiste, raconte-t-elle. Giscard élu, le coup de jeune vire rapidement au coup de barre à droite. Quand, le 10 mai 1981, sonne l’heure de l’alternance avec l’élection de François Mitterrand, « j’étais triste à titre personnel, mais c’était finalement quelque chose de bienvenu », confiait-elle au Monde, quelques décennies plus tard.

De cette période giscardienne date également la rencontre déterminante avec François Bayrou. Elle a su faire la preuve, elle, l’« aristo » sans bagage universitaire, de ses talents d’organisatrice, lui, l’agrégé de lettres au tempérament romanesque, de sa belle plume. Ils ont le même âge, à deux mois près, de profondes affinités – ils rêvent déjà d’un centre fort, affranchi de la tutelle de la droite –, des convictions européennes ancrées… Leurs chemins, dès lors, ne se sépareront plus.

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Lorsque, en 1989, François Bayrou, est élu délégué général puis président de l’Union pour la démocratie française (UDF), Marielle de Sarnez devient son adjointe. Elle l’accompagnera aussi, comme directrice du cabinet, au ministère de l’éducation nationale lorsqu’il est nommé ministre par Edouard Balladur, en 1993. « Moi qui n’ai que le bac ! », lâchait-elle dans un portrait que nous lui avions consacré en 2007.

2007 : l’année où François Bayrou put un temps entrevoir l’espoir de participer au second tour de l’élection présidentielle. Mais, cette année-là, malgré une campagne dont Marielle de Sarnez était la cheville ouvrière, omniprésente, le dirigeant centriste échoue aux portes du second tour, qui mettra aux prises Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal.

« Elle c’est moi, et moi c’est elle »

Le débat d’entre-deux-tours est un crève-cœur pour le candidat centriste qui aurait tant souhaité en être, persuadé qu’il l’aurait emporté – ce qui est probable. Mais, avant de concourir pour la magistrature suprême, il faut d’abord se qualifier pour le second tour. Au bout de la nuit, il confesse au Monde qu’il ne votera pas Nicolas Sarkozy.

Pour la première fois, Marielle de Sarnez elle-même est prise de court. Pourtant, cette déclaration sera déterminante pour l’avenir du mouvement présidé par François Bayrou, qui dans la foulée de la présidentielle devient le MoDem et a enfin réussi, bien qu’affaibli, à rompre les amarres avec le parti dominant de la droite, l’UMP, devenu depuis Les Républicains, qui l’accablera de sa vindicte.

Une indépendance chèrement acquise. Nombreux sont les ex-centristes ralliés à la droite – avant, pour certains d’entre eux, de retrouver les voies du centre quand le vent aura tourné – à accuser Marielle de Sarnez d’avoir fait le vide autour du chef de file du courant centriste. Capable tout autant de réflexions mordantes que d’éclats de rire tonitruants, exigeante, autoritaire même, habile négociatrice, cette grande blonde élancée au visage aquilin et au regard d’un bleu profond aura été, tout au long de la carrière de François Bayrou, plus que son bras droit, son double, doué d’un sens politique aiguisé : « Elle, c’est moi et moi, c’est elle », rétorquait le maire de Pau à ceux qui tentaient d’introduire un coin entre eux.

Victoire par procuration

De 1999 à 2017, elle a siégé au Parlement européen, fidèle à ses convictions européennes. Elle était aux premiers rangs lors de la « révolution orange » de l’automne 2004 en Ukraine, dont elle revint avec l’idée de faire de l’orange la couleur du MoDem. Après trois campagnes présidentielles soldées par l’échec du candidat centriste, François Bayrou, en concertation avec ses plus proches, dont évidemment Marielle de Sarnez, décide de renoncer à la course à la présidence pour apporter son soutien à Emmanuel Macron. Ce que lui n’a pas réussi à faire, c’est ce dernier qui y parviendra, faisant voler en éclats les lignes de la droite et de la gauche. Une victoire par procuration, en quelque sorte.

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7 mai 2017 : Emmanuel Macron est élu président de la République. 17 mai : François Bayrou est nommé ministre de la justice, Marielle de Sarnez ministre des affaires européennes. A peine un mois plus tard, à cause de l’affaire des assistants parlementaires du MoDem au Parlement européen, ils sont tous deux contraints à la démission. Marielle de Sarnez, élue le 18 juin députée de la 11e circonscription de Paris, retrouve son siège au Palais-Bourbon et est élue présidente de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale. La maladie, fulgurante, l’a emportée. C’est un des piliers de la maison centriste qui s’est effondré.

Marielle de Sarnez en quelques dates

27 mars 1951 Naissance à Paris

1973 Embauchée chez les Jeunes giscardiens, elle y fait la connaissance de François Bayrou

1999-2017 Députée européenne

2002 Dirige la campagne présidentielle de François Bayrou (6,84 %), comme les deux suivantes, en 2007 (18,57 %) et en 2012 (9,13 %)

2017 Présidente de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale

13 janvier 2021 Mort à Paris





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