« Macron, qui décide seul, pour toute la France, ce n’est plus tolérable »


Le député (LFI) de la Somme, Francois Ruffin, devant les bureaux du journal satirique « Fakir », à Paris, le 6 avril.

François Ruffin, député (La France insoumise, LFI) de la Somme, publie Leur progrès et le nôtre (Seuil, 176 pages, 12 euros) dans lequel il prône notamment un « ralentissement » dans la course au progrès technique.

Dans votre livre, vous opposez deux notions de progrès. Celui, technologique, incarné par la 5G ou la « start-up nation », à un autre, humaniste, le vôtre. Comment le définiriez-vous plus précisément ?

Dans la notion de progrès, il y a une confusion. Pendant longtemps, l’avancée technologique correspondait, dans les esprits, à un progrès humain. Je situe une cassure dans les années 1970. Une contestation naît, qui ne fait que s’accentuer depuis : de Hiroshima à Fukushima, le glyphosate et l’Erika, mais par-dessus tout le réchauffement du climat.

Tout ce qui, jusqu’alors, était perçu comme « progrès », comme positif, ne l’est plus : l’agriculture devient chimique, le marché devient supermarché, les grands projets sont dénoncés comme « inutiles ». Plus largement, jusque dans les années 1970, le PIB [produit intérieur brut] s’élevait avec les indices de bien-être, les machines réduisaient le temps de travail. Ce n’est plus le cas. Dès lors, les avancées technologiques ne semblent plus, automatiquement, mécaniquement, un « progrès ». On l’a vu sur les OGM, le clonage humain, ou encore dernièrement sur la 5G.

Ce genre de pensées créent des tensions, on le voit avec les polémiques autour des maires verts et de certaines de leurs propositions…

La tension est surtout entre des dirigeants, politiques, économiques, qui voudraient poursuivre sur le même chemin, sans consulter les Français, sans se demander : “Où va-t-on ?” “Où veut-on aller ?”

Il faut, nous disent les ministres, « faire la course en tête », « aller de l’avant », « accélérer »… Soit, mais quel est l’horizon ? C’est particulièrement criant par temps de Covid-19. Cédric O, le secrétaire d’Etat au numérique, déclare : « La crise offre l’opportunité d’une transformation plus volontaire encore. » « Volontaire », mais qui veut ça, à part eux ?

L’école devient numérique, l’université est en distanciel, le travail tourne au télétravail, et le commerce, c’est du click and collect. La start-up nation a saisi l’« opportunité ». Je demande simplement : “Quelle société veut-on ?” “Ces changements vont-ils nous apporter un supplément de bonheur ?”

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