Les techniques high-tech des agronomes pour préparer l’agriculture au changement climatique


SICLEX est un simulateur de Climat Extreme de l’INRA. Il sert à confronter les plantes de prairies à des climats extrêmes (notamment les sécheresses). L’évaluation se fait sur des parcelles, où poussent une hybridation de deux espèces (fétu que et ray-grass d’Italie) ou le croisement entre des variétés de dactyle, ici en photo (plante de milieu tempéré que l’on trouve aussi dans les zones de climat méditerranéen).
Lusignan, France 5 octobre 2020 © Agnes Dherbeys / MYOP pour le Monde AGNES DHERBEYS / MYOP POUR « LE MONDE »

Les dactyles font grise mine, évoquant moins un jardin d’Eden qu’une armée de balais-brosses tendus vers le ciel dans l’espoir de recevoir une goutte de pluie. Le feuillage étique et décoloré, sec et raide sous la main, culmine à une dizaine de centimètres. Entre les massifs, la terre ocre et compacte part en poussière. Il n’a pas plu ici depuis le 13 juin, et les plantes sont près de mourir, mais elles ne boiront rien tant que les chercheurs ne l’auront pas décidé.

Ces 77 petits massifs – ou « placettes » – de différentes variétés de dactyles, une plante fourragère cultivée par les éleveurs pour nourrir leurs bêtes, font l’objet d’une expérience de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) à Lusignan, dans la Vienne, laquelle vise à découvrir les effets du changement climatique sur ces cultures.

Doté de chauffages radiants, de rampes d’irrigation, et bientôt d’un dispositif de concentration de dioxyde de carbone (CO2), le simulateur de climats extrêmes (Siclex) est une chambre de torture botanique, au sein de laquelle peuvent être joués les scénarios écrits par les chercheurs du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC). Clou de l’installation, un abri mobile laisse la parcelle au sec quand il pleut. Il intervient automatiquement cinq minutes avant les premières gouttes sur instruction d’un système d’alerte météo, de manière à minimiser la perte d’ensoleillement due aux panneaux translucides et aux ombres portées de la structure.

Eric Roy, assistant ingénieur, fait une démonstration de l’utilisation d’un drone. Les images permettront de modéliser en 3D le volume et la densité des parcelles d’expérimentation.

Outre les outils de simulation, une batterie d’instruments scrute les moindres variations des plantes et du milieu. Des stations micrométéorologiques fonctionnent en continu, tandis qu’un drone photographie les massifs pour reproduire en 3D leur évolution entre deux récoltes. Un miroir fiché dans la terre, relié à une fibre optique, permet de connaître le niveau d’ensoleillement reçu à l’échelle d’un plant déterminé. Chaque placette est dupliquée et plantée en trois endroits du champ, en vue de lisser les effets des microvariations du sol sur la croissance des végétaux.

L’avenir des prairies

Toutes ces attentions entourent ainsi des dactyles, du ray-grass d’Italie et des fétuques, graminées bien ternes en apparence mais essentielles à l’agriculture. Associées à des légumineuses, elles entrent dans la composition des prairies, capital de base des élevages bovins – l’herbe comptant pour 64 % de l’alimentation des ruminants, selon Interprofession bétail et viande (Interbev). Une prairie de qualité requiert peu d’intrants et peut aider à limiter la part des compléments protéinés dans l’alimentation des bêtes – tel le soja que la France importe (massivement) du Brésil, pays où cette culture prend la place de la forêt.

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