les stocks stratégiques de la France étaient au plus bas au début de l’épidémie de Covid-19


La pharmacie de l’unité de soins intensifs de l’hôpital Lariboisiére, à Paris, le 27 avril.

La France était-elle prête à affronter une pandémie ? Pour répondre à cette question, les parlementaires ont regardé à la loupe la composition du stock stratégique, pour les masques mais aussi pour plusieurs catégories de médicaments. Des données confidentielles transmises par Santé publique France à la commission d’enquête de l’Assemblée nationale – que Le Monde a pu consulter – montrent que les diminutions ont concerné toutes les lignes, au cours des dernières années.

Entre 2015 et 2019, la taille du stock a en effet été divisée par deux, tant en volume qu’en valeur. On est ainsi passé en cinq ans de 86 millions d’unités d’antibiotiques à 12 millions, de 141 millions d’unités d’antidotes à 96 millions, et de 303 millions d’antiviraux à 51 millions. Les masques FFP2 ont quasiment disparu tandis que le nombre de masques chirurgicaux est passé de 795 à 459 millions. Cette chute s’explique par le fait qu’une partie importante du stock était arrivée à péremption et a été détruite, sans que de nouvelles commandes soient passées.

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Lors de son audition devant les députés le 16 juin, le directeur général de la santé (DGS), Jérôme Salomon, avait laissé entendre que les commandes de masques – très faibles au cours des dernières années – avaient été limitées au profit de l’achat d’autres produits jugés plus prioritaires. « L’arme du masque est aussi apparue moins “utile” face à des menaces posant des questions d’immunoglobulines, de vaccination, d’antiviraux, d’antibiotiques, d’immunothérapie, de molécules efficaces », avait-il expliqué. Il s’est avéré qu’au moment où il a pris ses fonctions en 2018, 95 % du stock d’antiviraux était périmé.

« Nous aurions pu en avoir besoin dans le cadre d’une autre crise pandémique. Y a-t-il eu des acquisitions ? », avait questionné le rapporteur de la commission d’enquête Eric Ciotti, le lendemain, face à la directrice de Santé publique France, Geneviève Chêne. « Je vous prie de bien vouloir m’excuser. J’ai un trou de mémoire. Je vais vérifier et vous communiquerai l’information », avait-elle alors répondu, embarrassée.

« Il manquait beaucoup de produits »

Le 30 juin, l’ancienne ministre de la santé Agnès Buzyn avait pour sa part admis n’avoir aucune idée de l’état des stocks. « La ministre n’a pas plus connaissance du niveau nécessaire en masques qu’en comprimés d’iode ou d’antiviraux, en antidotes de gaz sarin ou de gaz neurotoxique, ou en quantité de surblouses de protection contre Ebola », avait-elle justifié, rappelant « qu’il y a 38 000 palettes de stockage à Santé publique France ! »

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