Les sommets alpins, berceaux d’une diversité florale insoupçonnée


Sébastien Lavergne, biologiste au Laboratoire d’écologie alpine de Grenoble, devant une silène acaule, sur la pointe de Buffère, dans le nord-est du parc des Ecrins.

Découvrir une nouvelle espèce de plante en Europe est devenu chose rare. Sur les sommets des Alpes, ce sont pourtant trois inconnues qui viennent d’être identifiées. Trois androsaces, discrètes plantes en coussin qui ornent roches et fissures des hautes montagnes. L’androsace du Viso, l’androsace du Dauphiné et l’androsace de Saussure déploient leurs bourgeons et leurs petites fleurs blanches ou roses autour d’une racine unique. Leur forme hémisphérique et dense offre une protection thermique exceptionnelle. Elles retiennent l’humidité et leur propre matière organique, qu’elles recyclent. Et peuvent ainsi vivre des siècles.

La découverte de ces nouvelles espèces n’est que la partie émergée du programme Ecologie verticale, mené depuis 2009 par le biologiste Sébastien Lavergne (Laboratoire d’écologie alpine de Grenoble) et Cédric Dentant, botaniste au Parc national des Ecrins, à cheval sur l’Isère et les Hautes-Alpes. Les deux hommes ont la singularité d’allier science et alpinisme, ce qui leur a ouvert la voie des sommets, arêtes et pics inaccessibles. Un milieu extrême resté terra incognita pour les sciences du vivant. « La haute montagne est perçue comme un désert hostile à la vie. Mais en l’investissant avec une approche floristique, on a découvert une biodiversité insoupçonnée », affirme Cédric Dentant.

Avec leurs équipes, ils ont ainsi inventorié plus de 300 plantes de haute altitude, dans les Ecrins et d’autres massifs des Alpes, et mené un vaste programme de séquençage génétique de toutes les espèces végétales de l’arc alpin, soit quelque 4 500 taxons (ou groupes). La plus haute plante observée, une saxifrage à feuilles opposées, était accrochée à 4 070 mètres sur la barre des Ecrins – elle détient pour l’instant le record d’altitude en Europe, à 4 500 mètres. Au-delà de leur inventaire, ces plantes des cimes ouvrent une fenêtre sur l’histoire évolutive de la flore alpine. Avec une question majeure : où se sont réfugiées les espèces pendant les grandes glaciations ?

Refuges et fabrique d’espèces

Depuis 2,4 millions d’années, et jusqu’à la fin de la dernière glaciation il y a 10 000 ans, les fluctuations des périodes glaciaires et interglaciaires ont façonné l’émergence et la répartition des espèces. Selon la théorie des « nunataks », terme inuit désignant la montagne, certains sommets ont pu, grâce à leur verticalité et à la puissance des radiations solaires, échapper aux glaces, émergeant tels des îlots dans un océan gelé. Ils auraient alors servi de refuge à un cortège d’espèces, qui se sont ensuite redéployées au gré du réchauffement, ensemençant les montagnes alentour.

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