Les restitutions d’œuvres à l’Afrique relèvent plus de la géopolitique que de l’amour de l’art


Têtes royales de l’ancien royaume du Dahomey, dans le sud de l’actuel Bénin, conservées au Musée du quai Branly Jacques-Chirac, à Paris.

Analyse. L’annonce par l’université d’Aberdeen (Ecosse) du retour au Nigeria d’une tête de bronze pillée, avec des milliers d’autres œuvres, en 1897, par l’armée britannique lors du sac de la ville d’Edo – aujourd’hui Benin City – ; les flottements du Humboldt Forum, musée berlinois, sur le sort des 440 pièces de même provenance, qu’il conserve ; l’annonce du retour au Bénin, en novembre 2021, de 26 œuvres prises par l’armée française à Abomey, en 1892, qu’abrite le Musée du quai Branly, à Paris : ce sont les péripéties les plus récentes de la restitution aux pays d’Afrique des biens culturels saisis au temps de la conquête coloniale.

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Sont face à face les ex-puissances occupantes – Allemagne, Belgique, France, Grande-Bretagne, Italie et Portugal – et les Etats nés de la décolonisation. Pendant plus d’un demi-siècle, profitant d’un rapport de force évidemment inégal sur fond de racisme, les Européens se sont emparés du patrimoine des colonisés, à tel point que 90 % de celui-ci est aujourd’hui hors d’Afrique, dans ces pays eux-mêmes et là où des fonds ont été constitués par achats sur le marché. Ce second cas est celui des collections nord-américaines, qui ne sauraient donc esquiver la question des restitutions. Celle-ci a été posée clairement par Emmanuel Macron à Ouagadougou, le 28 novembre 2018 : « Je veux que d’ici cinq ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique. » Depuis, prises de position et décisions s’accumulent et se contredisent.

Elles devraient être examinées selon trop de points de vue pour qu’il soit possible de les développer tous ici. On s’en tiendra à trois, l’historique, le muséal et le politique.

Colère d’un côté, mépris de l’autre

L’histoire rappelle que le sujet, peu présent jusque-là, fait irruption quand, en 1973, le maréchal Mobutu Sese Seko, qui règne sur ce qui s’appelle alors Zaïre (actuelle République démocratique du Congo, RDC), demande à l’Assemblée générale de l’ONU que soient rendus les objets emportés au temps du Congo belge de Léopold II. Le musée que celui-ci a fondé à Tervueren, près de Bruxelles, conserve près de 120 000 pièces congolaises. Le 18 décembre 1973, l’ONU publie donc la résolution 3187 : « Restitution d’œuvres d’art à des pays victimes d’appropriation ». Elle n’est suivie en Belgique que de mesures ponctuelles, d’autant plus vite suspendues que plusieurs des pièces restituées – moins de deux cents au total – réapparaissent ensuite sur le marché.

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