Les plantes artificielles prennent racine


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Publié aujourd’hui à 18h00, mis à jour à 18h00

Depuis dix ans, des modèles haut de gamme de plantes artificielles ont remplacé les rhododendrons en toc et les chrysanthèmes délavés des cimetières.

Pour mon anniversaire, j’ai reçu un bouquet de 39 tulipes. Le compte était bon… Mais en coupant les tiges en biseau, je sentis une légère résistance. Mes fleurs étaient en plastique ! S’ensuivit un long silence gêné auquel mon ami, du genre pointu en toutes circonstances, coupa court avec un argument de choc – « C’est plus écologique ! » – avant de se lancer dans une démonstration : primo, ces tulipes ne sont pas bourrées de pesticides. Deusio, fabriquées en Chine, elles ont voyagé en bateau… ce qui les rend moins polluantes que les fleurs naturelles importées (pour 90 % d’entre elles par avion) du Kenya, d’Ethiopie ou de Colombie. Tertio, elles sont économes en eau.

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Le soir, en tête à tête avec mes fausses liliacées, soulagée de savoir que je n’aurais jamais leur mort sur la conscience si j’oubliais de changer l’eau du vase, je restais en proie au doute… Comment une fleur en plastique pouvait-elle être moins nocive qu’une fleur naturelle ? Avec la ferme intention d’éclaircir les choses, je récupérai l’emballage de mon bouquet dans la poubelle. « Un jardin sur la ville, spécialiste de fleurs et plantes artificielles », indiquait l’étiquette. Quelques jours plus tard, je décide de me rendre à la boutique.

« Il n’y a rien d’écolo ici ! »

C’est une enseigne chic du 16e arrondissement, à deux pas des Champs-Elysées. Une oasis aussi luxuriante que soignée de buis, taupières, bambous, eucalyptus, ficus, roses, pivoines, orchidées… J’y retrouve mes tulipes ! « Ecologique ?, répète après moi la propriétaire des lieux, Frédérique Frémeau, en écarquillant les yeux. Tout est en Tergal… Il n’y a rien d’écolo ici ! Je profite malgré tout de la tendance environnementale : depuis dix ans, tout le monde veut du vert. » Ses plantes artificielles (P. A. pour les intimes) ont le mérite de végétaliser partout là où ça ne pousse pas : les arrière-cours, les sorties de poubelles, les locations saisonnières ou encore les bureaux climatisés. « A Villepreux, dans les Yvelines, pour cacher l’antenne-relais de 20 mètres de haut, ils ont mis un faux séquoia… Pas bête, hein ? »

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Si l’on se fie à l’étude du Suédois Terry A. Hartig, professeur en psychologie environnementale, il suffit de montrer des photographies d’une zone boisée pour distiller des hormones de bonheur. Par déduction, une vue sur un faux coin de nature produit le même effet… Depuis cette publication scientifique sur le site de l’American Psychological Association en 2001, l’affaire a pris un tour politique. L’artificiel peut-il, dans certaines circonstances, avoir un avantage écologique sur le naturel ? Intolérante aux arbres morts, la maire (PS) de Nantes, Johanna Rolland, a planté, en décembre 2020, un sapin artificiel 100 % énergie humaine… Son Vélo sapin s’inspire du pixel tree en vogue aux Etats-Unis : quand un administré pédale sur l’une des huit bicyclettes génératrices d’électricité, les rubans qui habillent le mât central s’éclairent.

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