les jeunes journalistes, toujours plus précaires


Emma, 22 ans, vient d’obtenir son diplôme en journalisme de l’IUT de Lannion (Côtes-d’Armor), l’une des quatorze écoles reconnues par la profession. S’insérer sur le marché du travail cette année ? Elle y a renoncé. « Avec les difficultés du secteur, ce n’est pas le bon moment… A la place, je cherche un boulot alimentaire. Et j’ai candidaté à un master en sociologie à la fac », explique la jeune femme, qui espère malgré tout « vendre quelques piges à côté ».

La crise économique consécutive à la crise sanitaire a durement frappé le secteur des médias, avec un effet direct sur les embauches de jeunes journalistes. Les signaux sont multiples : disparition des kiosques de l’hebdomadaire féminin Grazia, plan d’économies chez NextRadioTV (qui prévoit de supprimer entre 330 et 380 postes en CDI), à L’Equipe, au Parisien, à Paris-Normandie

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Les revenus publicitaires des médias ont chuté de 12,6 % au premier trimestre par rapport au premier trimestre 2019, selon le Baromètre unifié du marché publicitaire. La diffusion a elle aussi baissé (− 6 % en avril pour la presse quotidienne nationale par rapport à avril 2019, selon l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias), et l’organisation d’événements, source de revenus pour certains groupes, a nettement ralenti. La presse écrite souffre aussi des pertes financières liées à la crise chez Presstalis, principal distributeur de presse en France, qui s’est déclaré en cessation de paiement mi-avril, puis a été mis en redressement judiciaire mi-mai.

Dans les écoles de journalisme, les stages de fin d’année, qui devaient débuter en plein confinement, ont été très perturbés. « Beaucoup ont été annulés ou reportés. D’autres ont eu lieu à distance. C’est un handicap : dans ce secteur, le recrutement fonctionne beaucoup grâce au côté humain et au réseau. Les stages sont des tremplins », explique Rémy Le Champion, directeur adjoint de l’Institut français de presse, de l’université Paris-II Panthéon-Assas, à Paris.

Précarisation croissante

Adélaïde*, qui termine l’Ecole supérieure de journalisme de Lille (ESJ), a dû renoncer à son stage dans une radio nationale. « Ce qui me peine le plus, c’est d’avoir manqué ces deux mois qui m’auraient donné un peu de confiance, de l’expérience et des contacts et où j’aurais pu montrer ce que je valais. » La jeune femme a candidaté pour intégrer le « planning » de piges et de CDD de Radio France. Si elle est retenue, elle sait qu’elle va y enchaîner les contrats sans promesse de stabilité. « J’irai là où on me donne du travail », résume-t-elle.

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