les dernières techniques d’édition du génome suscitent l’espoir


Adalia Rose, Texane de 13 ans, fait connaître la progeria à travers, notamment, son compte Facebook (12 millions d’abonnés) et sa chaîne YouTube (2,6 millions d’abonnés). Sur cette photo, elle a 11 ans.

Toute maladie incurable est terrible. Celle-ci est une horreur. A la naissance, rien ne distingue ses victimes des autres enfants. Mais entre 18 et 24 mois, leur vitesse de croissance chute brutalement. Puis, au fil des mois, surviennent les premiers symptômes cutanés de la progeria : la peau devient translucide, le réseau veineux apparaît. Les cheveux se font rares, les ongles s’atrophient, les dents ne poussent pas. Vers 5 ou 6 ans, les tissus adipeux disparaissent, qui entraînent un diabète précoce. Surtout, les anomalies vasculaires se multiplient. Un calvaire incurable, vécu en pleine conscience, car le développement intellectuel, lui, n’est aucunement ralenti. Jusqu’à ce que les troubles vasculaires finissent par emporter ces adolescents prématurément vieillis. Ils meurent d’athéroscléroses, d’infarctus du myocarde ou d’accidents vasculaires cérébraux. Ils ont en moyenne entre 13 et 14 ans.

Fort heureusement, cette maladie reste rarissime. Un pour 4 à 8 millions de naissances, estime-t-on. Il existerait ainsi dans le monde environ 350 cas de syndrome de Hutchinson-Gilford, son autre nom. Des enfants qui ont longtemps constitué un mystère. En 2003, une équipe française, suivie de quelques semaines par ses concurrents américains, en découvrait l’origine : le changement d’une base, une seule, dans un gène (LMNA), parmi les quelque 20 000 gènes et 3,2 milliards de paires de base de notre code génétique. Minuscule cause, immenses effets : ce remplacement provoque une anomalie lors de la synthèse des lamines de type A, des protéines fibreuses constituant le squelette du noyau des cellules. Ces protéines dégradées, baptisées progérine, s’accumulent. En temps normal, elles signent notre lent vieillissement. Cette fois, tout est dramatiquement accéléré.

Remplacer une base par une autre

Pour éviter cet enchaînement funeste, une équipe américaine vient d’ouvrir une porte prometteuse. Dans un article paru dans la revue Nature le 6 janvier, elle indique être parvenue à corriger le génome de cellules humaines atteintes par la mutation avec une efficacité impressionnante. Surtout, elle a réussi à éviter les dégâts causés par la maladie dans le système vasculaire, le cœur et le foie de souris atteintes de progeria et à rallonger leur durée de vie, faisant passer celle-ci de sept à dix-huit mois (contre deux ans pour les souris normales).

Maître de l’édition du génome, l’Américain David Liu, du Broad Institute, s’est allié pour cela à Francis Collins, directeur des National Institutes of Health (NIH) et pionnier de la recherche sur la progeria, et à Jonathan Brown, de l’université Vanderbilt (Tennessee). La vingtaine de chercheurs impliqués dans le projet a entrepris d’appliquer à cette pathologie une technique développée dans le laboratoire de David Liu en 2016 : l’édition de base. Celle-ci est dérivée du système Crispr-Cas9, qui a valu au duo Emmanuelle Charpentier-Jennifer Doudna le dernier prix Nobel de chimie. Plusieurs équipes avaient du reste, ces dernières années, tenté d’utiliser Crispr-Cas9 pour corriger la mutation délétère. Mais la multiplication des erreurs de cible lors de la coupure du double brin nucléique provoquait de graves effets secondaires chez les souris.

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