Les cours à distance, à double tranchant pour les étudiants handicapés


Les cours à distance constituent pour les étudiants en situation de handicap un obstacle de plus à franchir sur un parcours universitaire déjà semé d’embûches.

Sa première journée de cours en visioconférence, Benoît, étudiant en master « sciences et numérique pour la santé », en garde un souvenir « horrible ». Pendant neuf heures, les enseignements se succèdent. Derrière son écran, l’étudiant sourd s’accroche mais perd pied. « Je voyais des diapositives qui s’affichaient avec des graphiques, des formules, sans savoir ce qu’ils signifiaient. » Passé d’une surdité légère à une surdité profonde à l’adolescence, Benoît bénéficie depuis l’âge de 18 ans d’un implant cochléaire, lequel lui permet d’entendre sans toutefois remplacer une oreille humaine. 

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« En visioconférence, la perception du son n’est pas la même qu’en présentiel, explique l’étudiant. Cela dépend de la qualité du micro de l’enseignant, de ses haut-parleurs, du réseau et de [l]a fatigue [que j’ai] accumulée au fur et à mesure de la journée. On m’avait dit que je pourrais aussi lire sur les lèvres sur les vidéos, mais je n’y arrivais pas », se remémore-t-il douloureusement. La concentration nécessaire pour suivre les cours à distance lui demande bien plus d’énergie que d’habitude. De quoi rendre son quotidien difficile, ce à quoi il faut ajouter la mise en place « très tardive » par l’administration de son université d’un système de prise de note. « J’ai le sentiment d’avoir été abandonné », dit-il.

Livrés à eux-mêmes

Les cours à distance, pendant le premier confinement, et depuis le 29 octobre, constituent pour les étudiants en situation de handicap un obstacle de plus à franchir lors de leur parcours universitaire. Si certains s’accrochent en jouant la carte de la débrouillardise, d’autres sont contraints d’abandonner leurs études, faute de prise en charge adaptée. Une réalité qui n’échappe ni aux universités ni aux enseignants, à l’écoute de ces problématiques pour la plupart, mais submergés par les adaptations que requièrent la crise sanitaire et les cours à distance.

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« Avec tous les problèmes auxquels on fait face en ce moment, on n’arrive plus du tout à gérer le cas, déjà difficile, d’un étudiant malvoyant qui suit notre formation », confie démuni un professeur d’IUT scientifique. Depuis le début du confinement, son étudiant de première année se retrouve livré à lui-même. L’auxiliaire qui l’accompagne d’ordinaire dans le suivi de ses cours à l’université n’est pas habilitée à se déplacer chez lui. « C’est un sentiment assez rageant, car en temps normal on se bat pour aider les étudiants victimes d’une situation difficile », poursuit l’enseignant.

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