Les archives, socle des progrès de la science


La salle dite de « l'Armoire de fer », le 22 janvier 2001 aux archives nationales, à Paris, où trône le buste de Napoléon III, sous le règne duquel a été construit cet édifice.

Carte blanche. L’année 2021 sera, deux cents ans après sa mort, l’année Napoléon. Loin de commémorations stériles, certains historiens des sciences se sont interrogés sur la politique des sciences impériales. En 1809, alors que Napoléon triomphe des armées coalisées, naît l’idée de créer les archives universelles sur les dépouilles confisquées des archives du Saint Empire et de la papauté. A Paris, des fonctionnaires sont chargés de rassembler les documents retrouvés aux quatre coins de l’empire : des Flandres à Venise, de Rome à Turin. L’idée est de constituer, sur le modèle du Louvre ou de la Bibliothèque impériale, une archive universelle rassemblant les documents de toute la civilisation occidentale.

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L’empire napoléonien, unité composite de territoires, laisse entrevoir, à travers ces « grandes archives », les difficultés, les tensions et les contradictions de la conquête. Ces spoliations vont donner lieu à de véritables guerres d’archives. Autour du procès de Galilée par exemple : il s’agit, à Paris en 1811, de démontrer l’obscurantisme catholique en révélant les secrets de l’Inquisition à partir d’une sélection de documents sur fond de querelles entre Napoléon et Pie VII. C’est ce projet que reconstitue Maria Pia Donato, historienne de la médecine et directrice de recherche au CNRS, dans Les Archives du monde. Quand Napoléon confisqua l’histoire (PUF, 2020).

Un intérêt grandissant pour l’archive

Outre la singularité du désir de posséder un savoir universel, propre à l’utopie napoléonienne, cette enquête rejoint un intérêt grandissant parmi les historiens des sciences autour de la notion d’archive. Dans un livre récent, Science in the Archives. Pasts, Presents, Futures (Chicago University Press, 2017), l’historienne des sciences Lorraine Daston s’interrogeait sur la place prééminente des archives dans l’activité scientifique, principalement en génétique, philologie, médecine, climatologie ou encore géologie : « La première nature est la complexité foisonnante des phénomènes comme ils adviennent ; la seconde nature est l’exploration systématique et sélective des phénomènes dans le laboratoire, l’observatoire et sur le terrain ; tandis que la troisième nature constitue le dépôt de ces trouvailles, des résultats de la seconde nature sélectionnés pour durer dans les archives de la science. »

Ainsi, les archives de l’Ecole des mines à Paris, constituées au début du XIXe siècle, deviennent l’indispensable dépôt des données amassées sur le terrain par les ingénieurs des mines dans leurs tournées. Ces annales permettent aussi l’articulation avec la sphère administrative à partir d’instruments comme la fiche, le registre, la carte, l’atlas, comme l’a bien analysé Isabelle Laboulais, professeure à l’université de Strasbourg.

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