Léon-Paul Fargue, de pied en capitale


Un vendeur, rue Lepic (Paris 18e), en 1901. Photographie d’Eugène Atget (1857-1927).

« L’Esprit de Paris. Œuvres complètes, tome I, chroniques parisiennes 1934-1947 », de Léon-Paul Fargue, Editions du Sandre, 800 p., 35 €.

A Léon-Paul Fargue (1876-1947), la Ville de Paris reconnaissante. De sa naissance dans le 1er arrondissement à sa mort dans le 6e, l’écrivain aura parcouru inlassablement – bon pied, bon œil – tous les quartiers de la capitale, érudition en bandoulière.

Chaque rue qu’arpente le poète est hantée de souvenirs et peuplée de fantômes

En décrivant Paris au fil de ­plusieurs centaines de chroniques aujourd’hui intégralement rassemblées, c’est lui aussi qu’il raconte et toute une génération bohème ou mondaine, leurs jours gris et leurs nuits blanches, leurs excentricités et leurs complicités. Riche d’inédits, soigneusement annoté par ­Barbara Pascarel, régente du Collège de ‘Pataphysique, L’Esprit de Paris constitue le premier tome des œuvres complètes de Léon-Paul Fargue, qu’ont entrepris de publier les Editions du Sandre.

Saynètes et portraits alternent dans ce formidable recueil qui abonde en anecdotes et fourmille d’associations d’idées. Aussi ­familier des « mardis » de Mallarmé ou de la librairie d’Adrienne Monnier que des ­gargotes où l’on mange sur le pouce, Fargue, mémorialiste doublé d’un coloriste, y ravive la figure d’écrivains et d’artistes qu’il a côtoyés tout au long de sa vie : Paul Valéry, l’affichiste ­Steinlen, Colette, René ­Crevel, Blaise Cendrars, Alfred Jarry, qui fut son condisciple de ­khâgne, etc. Chaque rue qu’arpente le poète est hantée de souvenirs et peuplée de fantômes.

La vie de café

Des caboulots aux catacombes, aucune parcelle ne semble échapper au regard avisé ou à la connaissance intime du « Piéton de Paris ». Flâneur des deux rives, Fargue préfère toutefois Montmartre, traversé par ce « fleuve » qu’est la rue Lepic, à Montparnasse, exempt d’histoire et de ­légende. Des environs de la Butte, terre promise et perdue par la ­modernité, selon lui, qui a ­stérilisé cette micro-nation de chansonniers, de peintres et de caricaturistes, il connaît, dit-il, « tous les cafés, tous les tabacs, toutes les brasseries ». Il rappelle que le célèbre cabaret Le Chat noir fut aussi un asile de nuit, et Le Grand Ecart, qui entendait ­dupliquer Le Bœuf sur le toit, le « Vatican du snobisme ». Où qu’il s’aventure, à toute heure du jour ou de la nuit, Fargue ne cesse de louer la vie de café – « une entreprise menée ­contre le désespoir, et celle qui donnait les résultats les meilleurs ».

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