L’énigme de la conservation des textiles antiques déchiffrée


Sur ce textile minéralisé originaire de Nausharo, au Pakistan, datant de la première moitié du IIIe millénaire avant notre ère, on observe des composés cuivreux et des restes de cellulose.

Au premier regard, l’œil inexpérimenté passe sans s’arrêter. Quel intérêt pourraient bien avoir ces croûtes plus ou moins rigides et tout à fait irrégulières déposées sur des objets métalliques ? Du reste, même les restaurateurs d’objets anciens les ont longtemps éliminées, trop contents de redonner au cuivre son lustre d’antan. Pourtant, ces pièces constituent de véritables trésors, les derniers vestiges de textiles millénaires, sauvés de la disparition par la minéralisation. Mais que reste-t-il de la fibre d’origine, de sa forme, de sa composition ? De la matière organique a-t-elle résisté aux ravages du temps ? Comment, dès lors, s’opère ce qui s’apparente à de la fossilisation ? Longtemps ces questions ont nargué la curiosité des chercheurs. Mais à l’issue de près de dix années de recherche, une équipe française, regroupant archéologues, conservateurs d’objets d’art et chimistes, a levé le voile sur ce mystère. Les résultats viennent d’être publiés dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences américaine (PNAS) du 3 août.

Comme souvent, cette percée résulte d’une rencontre, celle de trois scientifiques partageant la même passion. Conservatrice au Louvre, l’archéologue Ariane Thomas y dirige les collections d’antiquités mésopotamiennes. Un vaste ensemble au cœur duquel se cache son jardin secret : quelques dizaines de petits fragments de textiles minéralisés. « Quand je suis arrivée au Louvre, il y a dix ans, personne ne les avait étudiés, se souvient-elle. Moi, j’avais fait une thèse sur le costume mésopotamien, qui s’appuyait sur les textes cunéiformes. Et là, j’avais des échantillons. Ils étaient dégradés, mais en les observant bien, on pouvait trouver des informations techniques précieuses sur la fabrication et même la nature du fil, sa qualité. »

Encore fallait-il « bien les observer ». Ariane Thomas contacte son collègue Christophe Moulhérat. Chargé de l’analyse des collections du Musée du quai Branly, historien d’art et archéologue, il voue lui aussi un amour non dissimulé au textile. Sa thèse, il l’a consacrée à des échantillons celtes, notamment des restes de laine du Ier millénaire avant notre ère. En couplant microscopie électronique à balayage et coupe métallographique, il a inventé une méthode d’identification des tissus à partir de leurs fossiles. Coton du Pakistan, soie domestique ou soie sauvage de Mongolie, il a multiplié les observations, créant au passage une collection. « J’ai voulu comprendre comment ces fossiles s’étaient fabriqués. Mais je n’avais pas la compétence scientifique. J’ai contacté Loïc Bertrand. »

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