le virus de la recherche


La physique théorique mène à tout, y compris à la modélisation des épidémies. C’est le chemin suivi par Vittoria Colizza, directrice de recherches à l’Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique (Inserm/Sorbonne-Université). Avec son équipe, elle est particulièrement en pointe face à l’épidémie due au nouveau coronavirus SARS-CoV-2 (anciennement appelé 2019-nCoV). Ils ont ainsi publié des estimations sur la probabilité pour les pays de l’Union européenne de voir arriver un passager infecté par ce virus. Et, avec une équipe internationale, elle a évalué ce risque pour le continent africain, en prenant en compte l’état de préparation et la vulnérabilité de chaque pays.

Vittoria Colizza, directrice de recherche à l’Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique (Inserm/Sorbonne Université), en octobre 2018.
Vittoria Colizza, directrice de recherche à l’Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique (Inserm/Sorbonne Université), en octobre 2018. Giulia Pullano

« Dès ses premiers pas dans la recherche, Vittoria a toujours été une scientifique extrêmement déterminée, commente Alessandro Vespignani (Northeastern University, Boston), physicien italo-américain qui a appliqué la science des réseaux à Internet et aux épidémies. Elle a une passion pour la science et un vif intérêt pour les problèmes qui comptent pour la société. C’est l’un des moteurs de sa décision de se consacrer à l’épidémiologie, elle qui était physicienne. Elle fera honneur à la France, qui a eu l’excellente idée de la faire entrer dans les rangs de l’Inserm. »

Bourreau de travail

Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, comme pour d’autres chercheurs ou soignants, ses journées déjà longues se sont étirées. De quoi justifier sa réputation de bourreau de travail animé par une insatiable curiosité.

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Née à Rome il y a quarante et un ans de parents médecins, Vittoria Colizza a choisi la voie des sciences dures, contrairement à ses deux frères. « Quand j’ai décidé d’aller dans un lycée scientifique, tout le monde a été étonné et le fut encore plus quand je me suis orientée vers la physique. Ce n’était pas habituel de voir une femme se tourner vers cette discipline. » Elle s’inscrit ensuite en physique à la prestigieuse université La Sapienza, dans sa ville natale. Elle est l’une des quatre femmes dans une promotion de 400 étudiants. « C’était clair pour moi que j’étais capable de faire la même chose que les hommes. » Et elle le prouve.

Lors de sa dernière année de lycée, en 1996, un voyage d’études est prévu au CERN, mais il sera finalement annulé comme tous les autres voyages scolaires, l’établissement prenant prétexte de manifestations lycéennes et étudiantes. « Avec trois autres lycéens, nous y sommes allés par nos propres moyens. » Découvrant ces équipes qui regroupent plusieurs centaines de chercheurs, elle en tire une conclusion définitive : « Ce n’est pas pour moi ! Je n’aurais pas le contrôle total de ce que je pourrais faire. J’avais beaucoup plus envie de gérer un projet moi-même. » Elle trouve la physique théorique « fascinante. Je comprenais qu’elle me posait un défi – et j’adore ça. »

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