le procureur suisse Michael Lauber sous la menace d’une procédure de révocation


Le procureur général suisse Michael Lauber, en septembre 2019.
Le procureur général suisse Michael Lauber, en septembre 2019. Denis Balibouse / REUTERS

L’étau se resserre sur le procureur général suisse Michael Lauber. En première ligne dans les enquêtes en lien avec la Fédération internationale de football (FIFA) depuis 2015, le magistrat est sous la menace d’une procédure de révocation en raison de ses trois rencontres informelles en 2016 et 2017, sans procès-verbal à l’appui, avec Gianni Infantino, le président de l’instance (partie civile dans les procédures en question).

Mercredi 13 mai, la commission judiciaire de l’Assemblée fédérale helvétique doit se prononcer sur l’ouverture de cette procédure de mise en accusation. Si elle était enclenchée – ce serait une première en Suisse –, M. Lauber serait auditionné, le 20 mai, par la commission.

Après avoir été dessaisi, en juin 2019, des enquêtes en lien avec la FIFA par le Tribunal pénal fédéral, le magistrat a été réélu de justesse, en septembre, pour un troisième mandat de quatre ans. En mars, il a toutefois été reconnu coupable, par l’Autorité de surveillance du parquet suisse (AS-MPC), d’avoir violé plusieurs devoirs de fonction en rencontrant secrètement M. Infantino. Au terme de cette enquête disciplinaire, le procureur général a été sanctionné d’une réduction de salaire. Il a fait appel devant le Tribunal administratif fédéral.

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Auditionné en novembre 2018 par l’AS-MPC, M. Lauber n’avait pas mentionné une troisième rencontre avec M. Infantino. Ce rendez-vous a eu lieu le 16 juin 2017, à Berne, en présence du chef de la communication du ministère public de la Confédération helvétique (MPC), André Marty, et d’un ami d’enfance de M. Infantino, le premier procureur du Haut-Valais Rinaldo Arnold. Ce dernier avait déjà servi d’intermédiaire à M. Infantino pour une précédente rencontre avec M. Lauber, en mars 2016.

Le 27 avril, les révélations du quotidien La Tribune de Genève, selon lesquelles M. Infantino aurait voulu « se débarrasser d’une enquête qui le menaçait personnellement », ont provoqué la colère des parlementaires suisses.

« Ce procureur est devenu une honte pour la Suisse »

« M. Lauber a dit qu’il n’existait pas de troisième rendez-vous avec la FIFA. Quand son agenda a prouvé qu’il avait bien eu lieu, trois personnes, M. Lauber inclus, ne savaient plus de quoi ils ont discuté. S’il vous plaît… », ironise Matthias Aebischer, conseiller national (Parti socialiste) et membre de la commission judiciaire.

« Ce procureur de la Confédération est devenu une honte pour la Suisse, renchérit Roger Nordmann, président du groupe socialiste de l’Assemblée fédérale. Ces rencontres informelles avec M. Infantino, qu’il n’a admises qu’au compte-gouttes lorsqu’il n’était plus possible de nier, le discréditent totalement. Il semble de plus en plus clair qu’un ou des subalternes de M. Lauber étaient aussi impliqués : de personnel, le problème devient institutionnel. »

Ancien président de la commission judiciaire, le conseiller national (Parti démocrate-chrétien) Jean-Paul Gschwind est catégorique : « Les rapports de confiance sont rompus, le procureur doit démissionner afin d’éviter une procédure de révocation. »

De son côté, la FIFA a toujours indiqué « qu’il n’y avait rien de suspect » lors des rencontres entre M. Lauber et M. Infantino, rappelant sa volonté de « coopérer ».

Cette affaire laisse sceptique le magistrat allemand Hans-Joachim Eckert, ex-coprésident du comité d’éthique de la FIFA (2013-2017). « Il n’y a pas eu de vraie enquête sur M. Infantino, estime-t-il. Aucun procureur ne l’a interrogé seul, il n’y a pas eu de recherche menée dans les locaux de la FIFA ou chez M. Infantino, dans les téléphones portables. Mais il semble qu’il y ait eu un bouclier de protection au-dessus du président. »

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Contacts informels entre la FIFA et le MPC à propos du cas Platini

Un autre élément atteste de la proximité entre la FIFA et le MPC. Selon nos informations, l’administration de la fédération et le parquet suisse ont eu plusieurs échanges directs et informels à propos du cas de Michel Platini, en mai 2018. Ceux-ci ont eu lieu après que Le Monde a révélé l’existence d’un courrier envoyé par le procureur Cédric Remund à Vincent Solari, l’avocat de l’ex-numéro 10 des Bleus.

Dans cette missive, M. Remund indiquait que la procédure pénale, ouverte en 2015 contre l’ex-président de la FIFA Sepp Blatter, pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait, en 2011, au Français, n’était pas dirigée contre ce dernier, entendu comme témoin assisté.

Selon les défenseurs de l’ex-président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), ce courrier confirmait sa mise hors de cause dans cette affaire sur le plan pénal. « M. Remund m’avait appelé et clairement indiqué que le MPC n’entendait pas poursuivre M. Platini, car le dossier ne permettait pas de retenir des charges à son encontre, explique aujourd’hui Me Solari. D’entente avec moi, il m’a adressé une confirmation écrite, et je l’avais informé que nous en ferions usage publiquement»

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La FIFA avait alors fait savoir au MPC qu’elle n’interprétait pas le courrier de la même manière. « Il y avait un désaccord sur l’interprétation juridique de la lettre par Platini, qui proclamait qu’il était blanchi et réclamait la levée de sa suspension par le comité d’éthique de la FIFA », souffle un connaisseur des affaires judiciaires relatives à l’instance.

« Dans le cadre de son statut de personne amenée à témoigner, si l’on trouve des éléments, le cas Platini n’est pas définitivement terminé », avait officiellement déclaré, le 26 mai 2018, le porte-parole du MPC, André Marty. Cette rectification a-t-elle été demandée au MPC par la FIFA ? Contactée, celle-ci ne répond pas à la question et indique que « plusieurs juridictions ont établi que cette somme [de 2 millions] a été donnée illégalement par M. Blatter à M. Platini. » Quant au MPC, il rappelle son « indépendance » et assure qu’il « ne mène pour l’heure aucune procédure pénale contre M. Platini ».



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