Le Parti socialiste doit-il être rebaptisé ?


Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, le 29 août 2020, à Blois, lors de l’université d’été du parti.

L’argument de circonstance

Dans la perspective de la présidentielle de 2022 et d’une éventuelle candidature unique de toute la gauche, Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste, vient de lancer un double chantier : redéfinir un projet programmatique et refonder la gouvernance du PS. Il a précisé que tout était désormais sur la table. Or quoi de mieux que de changer de nom pour signifier que tout change ? D’ailleurs, à l’Assemblée, le groupe PS s’appelle déjà « Nouvelle Gauche ».

L’argument historique

C’est entendu : le cycle ouvert avec le congrès d’Epinay qui a vu naître, en 1971, le Parti socialiste sur les cendres de la SFIO, née en 1905, a conduit à l’élection de François Mitterrand en 1981. Aujourd’hui, une autre période s’ouvre, avec un PS beaucoup moins hégémonique, qui doit composer notamment avec ses alliés écolos. En 1991 déjà, Pierre Mauroy, alors premier secrétaire, avait pensé à rebaptiser le PS en parti social-démocrate. Il est temps de passer à l’acte.

L’argument idéologique

Dans « Parti socialiste », les deux mots posent problème. Non seulement le terme « parti » est devenu un repoussoir, mais celui de « socialiste » est, lui, désespérément obsolète. Faut-il rappeler que le socialisme est, dans la théorie marxiste, la phase transitoire qui existe après l’élimination du capitalisme, mais avant que le communisme puisse être instauré. Or, qui peut encore croire aujourd’hui à la suppression du capitalisme ?

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Le contre-argument de circonstance

Il est très naïf de penser que c’est en changeant de nom que le PS redeviendra attractif. Et surtout très curieux d’abandonner le mot de « socialiste » alors qu’au Parlement européen tous les partis sociaux-démocrates sont réunis sous l’appellation de Parti socialiste européen (PSE). Enfin, faut-il rappeler que le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), créé en 1879, n’a pas eu besoin de cet artifice marketing pour revenir au pouvoir et nouer des alliances avec son aile gauche, Podemos ?

Le contre-argument historique

La question du changement de nom du PS est aussi vieille que ses courants. A plusieurs reprises le débat a fait rage, mais à chaque fois il a été refermé faute d’alternative crédible. Interrogé par Arlette Chabot, à l’occasion d’une conférence de presse en novembre 1991 sur ce qu’il en pensait, François Mitterrand avait répondu : « Il ne faut pas avoir peur de ce que l’on est, il ne faut pas craindre son histoire, il faut avoir confiance en son avenir. »

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Le contre-argument idéologique

Quand on voit l’état de La République en marche, qui se présente comme un « mouvement » censé révolutionner le modèle du parti politique traditionnel, on se dit que le mot de « parti » a encore de beaux restes. Quant au terme « socialisme », reportons-nous à la définition du Robert : « doctrine d’organisation sociale qui entend faire prévaloir le bien général, sur les intérêts particuliers, au moyen d’une organisation concertée (opposé à libéralisme) ». Difficile de trouver plus consensuel.



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