le mandat sans gloire de la présidente par intérim Jeanine Añez


Cette photo publiée par le gouvernement bolivien montre la présidente par intérim de la Bolivie, Jeanine Anez, annonçant son retrait de la course présidentielle un mois avant les élections à La Paz, en Bolivie, le 17 septembre 2020.

Elle devait rester trois mois à la tête du pays, le temps d’organiser de nouvelles élections, auxquelles elle avait promis de ne pas participer. Jeanine Añez, la sénatrice de droite devenue, presque par hasard, présidente de Bolivie le 12 novembre 2019 à la suite de la démission d’Evo Morales (2006-2019), accusé de fraude lors du scrutin d’octobre, aura finalement passé presque un an au pouvoir. L’élection présidentielle, dont le premier tour a lieu dimanche 18 octobre, signe la fin du gouvernement de transition. Au grand soulagement de la plupart des Boliviens.

Car il est difficile, aujourd’hui, de trouver dans le pays un seul laudateur de sa gestion. Même à Santa Cruz, dans l’est du pays, fief de la droite la plus radicale et pourtant son alliée, la présidente par intérim est conspuée.

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Pour elle, tout avait pourtant bien commencé. Lorsque, le 12 novembre, elle s’était présentée au balcon du Palacio Quemado, le siège de l’exécutif, Bible à la main, les opposants à M. Morales étaient euphoriques. Eux qui étaient descendus dans la rue pendant vingt et un jours pour obtenir le départ du chef de l’Etat honni voyaient enfin leurs efforts récompensés. « Nous étions tous émus, j’ai même publié sur les réseaux sociaux un enthousiaste “Habemus présidente !” [“Nous avons une présidente”]», se souvient Santiago Siles, un militant de 26 ans qui a été de toutes les manifestations contre Evo Morales depuis 2018.

« Une immense déception »

Jeanine Añez avait alors une immense légitimité : les Boliviens voulaient le changement, elle le représentait. Ils voulaient le retour de la sérénité après des semaines d’affrontements, de violences, de morts : elle leur offrait la fin des conflits. Une légitimité à laquelle Mme Añez a pourtant elle-même mis fin, dès le 24 janvier, en annonçant sa candidature à l’élection présidentielle qui devait se tenir le 3 mai (et a finalement été repoussée au 6 septembre, puis au 18 octobre, à cause de la pandémie de Covid-19), s’aliénant le large soutien politique dont elle bénéficiait.

Son autoritarisme, sa volonté d’anéantir le Mouvement vers le socialisme (MAS), le parti d’Evo Morales, des scandales de corruption, un premier ministre, Arturo Murillo, aux déclarations à l’emporte-pièce et sa mauvaise gestion de la crise sanitaire ont fait le reste. « Ç’a été une immense déception », reconnaît Santiago Siles.

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De nombreux rapports d’organisations internationales ont souligné le caractère autoritaire du gouvernement intérimaire dirigé par une présidente ouvertement raciste : lois liberticides ; persécution politique contre l’ex-président Evo Morales et d’anciens membres de son gouvernement poursuivis pour « sédition », « terrorisme » ou « génocide » ; impunité donnée aux forces de l’ordre dans la répression des protestations en novembre 2019, juste après le départ d’Evo Morales, provoquant la mort d’une trentaine de personnes… Mme Añez assure, elle, avoir « pacifié » le pays.

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