Le « loup terrible », popularisé par « Game of Thrones », n’en était pas un


« Canis dirus », le « loup terrible » disparu il y a 12 000 ans.

Dans nos contrées européennes, il est sans doute moins emblématique que le mammouth, moins effrayant que le lion des cavernes, moins incongru que le paresseux géant. Pourtant, celui que les scientifiques nomment, depuis 1858, Canis dirus, que l’on a l’habitude de traduire par « loup terrible », n’a cessé de fasciner les amoureux de la mégafaune du pléistocène, disparue lors de l’extinction du Quaternaire, il y a douze mille ans. La découverte, dans les années 1950, de 4 000 spécimens, pris dans les fosses de goudron du quartier La Brea, au cœur de Los Angeles, a même fait de lui un symbole aux Etats-Unis : toutes les peurs ancestrales associées au loup, mises à grande échelle (1,50 m, 70 kg). Ces dernières années, enfin, la série Game of Thrones s’est chargée d’étendre encore cette sinistre popularité.

Eh bien l’essentiel était faux ! Pas la taille, ni la disparition lors du grand réchauffement de la fin du pléistocène. Mais l’origine, le cousinage, le nom. « On pensait évidemment que c’était une espèce proche du loup gris, raconte Laurent Frantz, professeur de paléogénomique à l’université Ludwig-Maximilian de Munich. Il avait sûrement contribué à la diversité des canidés, qui se sont croisés entre eux, permettant un flux de gènes. C’est ce que nous allions vérifier. » Or l’article qu’il vient de publier, mercredi 13 janvier, dans la revue Nature, avec 48 collègues venus d’une trentaine d’établissements, présente la conclusion inverse : Canis dirus n’était pas un loup. Loin de là, même. Les deux espèces ont divergé il y a plus de cinq millions d’années et cessé d’échanger le moindre gène.

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Pour le montrer, il a d’abord fallu retrouver de l’ADN sur des spécimens du grand carnivore. A La Brea, si l’asphalte a merveilleusement conservé les os, il a effacé l’information génétique. L’équipe a analysé 46 squelettes venus d’ailleurs aux Etats-Unis. Cinq ont parlé, âgés de treize mille à cinquante mille ans. « D’abord nous n’avons pas cru à nos propres résultats. L’ADN mitochondrial induit parfois en erreur. Mais une fois que nous avons extrait l’ADN nucléaire, le doute n’était plus possible. Nous l’avons d’abord comparé au génome du loup et du coyote. Puis au dhole d’Asie, ou encore au lycaon et au chacal d’Afrique. Rien. »

Chacun dans son coin

C’est donc un nouveau scénario qu’ont développé les auteurs. Celui d’un ancêtre commun arrivé sur le continent américain, et qui aurait évolué pour diverger voici 5,6 millions d’années. Pendant ce temps, en Eurasie, l’espèce aurait pris un autre chemin, avec de multiples séparations. Beaucoup plus tard, il y a quelque 1,3 million d’années, des loups seraient à leur tour arrivés en Amérique. Mais chacun serait resté dans son coin. « Contrairement à ce que l’on observe entre loups et coyotes, eux ne pouvaient sans doute pas se reproduire ensemble », poursuit le chercheur français installé en Allemagne.

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