Le gouvernement maintient un accès restreint aux enceintes sportives, avec de possibles dérogations


Une vue du Stade de France, à Saint-Denis, lors de la finale de la Coupe de France de fotoball, disputée le 24 juillet.

Même les décisions contraires du Conseil de défense n’entament pas l’optimisme de Waldemar Kita. « Je fais confiance au gouvernement, répète encore le président du Football Club de Nantes (FCN). À la rentrée, j’envisage mon stade plein et pas autrement. » L’homme d’affaires franco-polonais devra pourtant se faire une raison : le prochain match de Ligue 1 dans son stade de la Beaujoire (38 000 places), fin août, ne se disputera pas à guichets fermés.

Dans le prolongement du Conseil de défense, qui s’était réuni vendredi 24 juillet à l’Elysée, le gouvernement a en effet rédigé et publié mardi 28 juillet, un nouveau décret qui maintient une limitation des rassemblements à 5 000 personnes dans les enceintes sportives jusqu’au 31 août. Avec une nouveauté toutefois : les préfets de département pourront « accorder à titre exceptionnel des dérogations », à compter du 15 août.

Seront notamment considérées pour obtenir une jauge plus élevée « la situation sanitaire générale et celle des territoires concernés » et les « mesures mises en œuvre par l’organisateur » pour lutter contre la propagation du Covid-19.

Ce maintien du cadre et ces potentielles dérogations sont loin de satisfaire les patrons de clubs, de ligues et autres fédérations qui, comme la ministre déléguée aux sports, Roxana Maracineanu, elle-même, espéraient une autorisation d’accueil sinon total comme Waldemar Kita, au moins proportionnel aux capacités des enceintes.

Après l’interruption de la saison 2019-2020 au printemps pour contenir la propagation du coronavirus, les dirigeants s’inquiètent déjà des perspectives de la suivante, et se rongent le peu d’ongles qu’il leur reste en regardant s’envoler une bonne partie de leur billetterie.

« La billetterie c’est 85 % de nos recettes »

Président de la Section paloise (Pyrénnées-Atlantiques), en Top 14 de rugby, Bernard Pontneau dresse un bilan aussi clair que désespérant : « Le signal envoyé [par le décret] c’est qu’on sera déficitaire. » À l’écouter, l’accès partiel aux tribunes occasionnera « trous et catastrophes financières mirifiques » et condamnera les clubs de l’ovalie en quelques mois.

« Le rugby couvre ses frais quand il arrive à fonctionner dans un marché de la convivialité, en organisant ces rencontres sociales que sont les matchs. Chez nous, la billetterie c’est 85 % de nos recettes, rappelle-t-il. En cas de huis clos, c’était définitivement terminé. Avec cette jauge à 5 000 personnes, on ne nous annonce pas une mort subite, mais une mort lente. »

Pour maintenir son club en vie, Bernard Pontneau compte bien convaincre le préfet de lui délivrer la précieuse dérogation introduite par le nouveau décret, rêvant d’accueillir rapidement 10 000 personnes au Hameau (18 000 sièges).

« En septembre [le Top 14 doit théoriquement reprendre le 5 septembre], on va se retrouver avec un contexte où le brassage local sera terminé avec la fin des vacances. Notre région a plutôt été épargnée par le coronavirus, on a toujours été dans le vert. Ces paramètres seront positifs pour discuter de la jauge », veut-il croire.

Le tourment palois ne fait pas exception dans un sport dépendant des revenus tirés de la présence de spectateurs dans les stades et vulnérable à toute mesure susceptible de limiter les entrées.

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« Ce qui est une force du rugby en temps habituel – ce modèle non dépendant aux droits télévisuels et qui repose sur la vente des prestations qui font le charme de la discipline – devient une vraie faiblesse quand on ne peut plus mettre plus de 5 000 personnes dans les stades, confirme Christophe Lepetit, responsable des études économiques au Centre de droit et d’économie du sport de Limoges. L’économie du rugby va être challengée sur deux postes : les recettes de billetteries et les partenariats. » Respectivement 13 % et 48 % des produits d’exploitation des clubs du Top 14 lors de la saison 2018-2019.

« La jauge ne sera pas sans douleur pour le football »

Premier sport français à expérimenter la compétition devant un public restreint, vendredi 24 juillet lors de la finale de Coupe de France, le football a moins glosé sur les déboires financiers provoqués par cette mesure que sur son refus par les clubs de supporteurs. Le ballon rond serait-il mieux immunisé que son pendant ovale contre les remous de la billetterie ?

Certes, la vente de places ne représentait que 8 % des revenus tirés par les clubs de Ligue 1 au cours de la saison 2018-2019. Très loin de la balance des transferts (25 %) et des droits audiovisuels (36 %), plus lucratifs encore à compter du mois d’août.

« Mais la jauge ne sera pas non plus sans douleur pour le football, relève Christophe Lepetit. Les spectateurs sont totalement partie du spectacle sportif. Ce que vous vendez est un produit global, avec ce qui se passe sur le terrain mais aussi dans les tribunes. »

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Une étude publiée par le syndicat représentatif des clubs de Ligue 1 Première ligue, avec le concours du cabinet d’audit Ernst & Young, estime à 77,5 % la part des sponsors prêts à maintenir leur budget en cas de maintien de la « jauge des 5 000 » jusqu’en décembre, contre 93 % si les stades recouvraient leur pleine capacité dès la reprise.

La même analyse, qui prévoit « entre 659 et 951 millions d’euros » de perte potentielle de chiffre d’affaires pour la filière football professionnel sur la saison 2020-2021, alerte aussi sur les milliers d’emplois directs ou indirects menacés, une bonne partie directement liés à l’accueil du public (services, sécurité…).

Les caisses du football ne seront donc pas insensibles au dernier décret. « On entend souvent qu’il y aurait trop d’argent dans le foot, mais c’est complètement biaisé, recadre Luc Arrondel, économiste et directeur de recherche au CNRS. Par rapport à ce qu’il suscite d’enthousiasme et de passion, ce sport ne brasse pas grand-chose, mais 30 000 personnes en dépendent en France. »

À Nantes, Waldemar Kita n’est, lui, toujours pas résigné. « Dans un stade, il y a quatre tribunes. Si on est logique, on fait quatre fois 5 000 personnes », propose celui qui évalue à 500 000 euros les pertes pour chaque match disputé dans une Beaujoire « jaugée ».

Mi-philosophe mi-économiste, le président du FCN invite le gouvernement à revoir sa stratégie face au Covid-19 : « On doit vivre avec ce virus et s’organiser. On ne peut pas interdire de tout faire. Il y a le sanitaire. Mais il y a aussi l’économie, qui risque de partir en sucette. »

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