Le Festival du cinéma italien d’Annecy tourne le dos à la dolce vita


L’actrice Nora Stassi dans « L’Agnello », le film de Mario Piredda.

Organisé selon une formule mixte (projection en salle et diffusion en ligne dans la limite de 1 000 visionnages pour les huit longs-métrages en compétition), le Festival du cinéma italien d’Annecy s’est achevé, dimanche 27 septembre, sur un palmarès distinguant une œuvre de fiction, L’Agnello, du Sarde Mario Piredda, et un documentaire, Punta Sacra, de Francesca Mazzoleni. Deux genres que le directeur du festival, l’Italien Francesco Giai Via, n’entend pas séparer.

Ces deux œuvres, qui ont raflé tous les prix disponibles, ont pour points communs leur enracinement dans un territoire, leur âpreté et une distance sidérale avec les habituels clichés sur une Italie souriante et bonhomme. L’Agnello, où se révèle l’actrice Nora Stassi, raconte sur fond de Sardaigne hivernale et grise, l’histoire de deux frères brouillés, Jacopo et Gavino, alors que le second pourrait sauver le premier, atteint d’un cancer, grâce à un don de moelle épinière. Une partie des dialogues en dialecte achève d’arrimer le film à son écosystème un brin dépressif.

Punta Sacra tourne aussi le dos aux cartes postales ensoleillées de la côte tyrrhénienne en narrant le combat de femmes qui luttent afin que leurs maisons de ce quartier d’Ostie (à Rome) situé à l’embouchure du Tibre ne soient pas détruites. Sous l’œil de la documentariste, cette pointe de terre où Pasolini trouva la mort devient le symbole de la résistance du petit peuple. Problème : on ne connaît pas la nature de ses habitations – les constructions abusives étant très nombreuses dans ces parages où l’extrême droite italienne réalise ses meilleurs scores.

Pour Francesco Giai Via, la sélection a pour premier mérite de faire apparaître des réalisateurs et réalisatrices qui font « la part belle à la complexité après des années marquées par des débats politiques et sociétaux d’une grande violence verbale ». « Ces œuvres, poursuit-il, sont complexes et se gardent de porter un jugement sur ce qu’elles dévoilent. Elles remettent aussi en cause la centralité de Rome, omniprésente dans le cinéma italien. »

Absence de regard moral ou politique

Cette absence de regard moral ou politique sur le sujet est aussi la marque de Faith, de Valentina Pedicini : immersion dans une communauté fermée et carrément sectaire préparant ces adeptes à la « guerre » (contre quoi ?), forgeant leurs muscles dans la pratique des arts martiaux et leur âme dans la religion catholique. La réalisatrice a pénétré cette communauté installée dans les Marches pendant dix ans sans la juger. Du moins, cela n’apparaît pas dans son film magnifié par des cadrages parfaits et un très beau noir et blanc.

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