le « comptoir d’échanges artistiques » de Frank Micheletti


Frank Micheletti à Toulon en 2020.

Il a toujours les dreadlocks jusqu’à la taille. Le sourire joyeusement carnassier de celui qui mange de tout mais préfère boire du vin nature. Cette allure de pirate bronzé à l’année colle à la vie de bourlingueur de Frank Micheletti, danseur, chorégraphe et DJ. Pas tout à fait par hasard que sa compagnie, créée en 1996, s’appelle Kubilai Khan Investigations (KKI) et se déploie comme « un comptoir d’échanges artistiques » dans le monde entier. « J’ai toujours voulu composer avec l’étendue du monde, en capter une pulsation large, affirme-t-il. Comme on a plusieurs identités à l’intérieur de nous, j’aime l’idée d’une danse polyphonique. »

Lire la critique (2012) : Histoires métissées de Kubilai Khan

Ce sens aiguisé de l’altérité et du métissage, Frank Micheletti, né de père italien, l’a déployé dès l’enfance dans la cité de la Beaucaire, à Toulon, où il est toujours basé. Il l’incarne depuis plus de vingt ans dans ses spectacles, touffus de gestes, de sons, d’images, piochés pendant des résidences longue durée au Mozambique, au Ghana, en Mauritanie, au Japon… Il le fait palpiter dans sa troupe composée du Mozambicain Idio Chichava, de la Singapourienne Sara Tan, de la Mexicaine Gabriela Ceceña et de la Flamande Esse Vanderbruggen. « Pour être ancré sur cette planète, il me faut m’entourer de témoins de ce qui s’y passe », glisse-t-il.

Cartographie des migrations contemporaines

Dans la même veine, Frank Micheletti a créé le festival Constellations, qui fête son dixième anniversaire, du 17 au 20 septembre. Entre Hyères et Toulon, dans une dizaine de lieux dont Le Liberté, scène nationale, et le Musée des arts asiatiques, avec le soutien actif de la municipalité, le chorégraphe persiste dans sa quête planétaire en dépit de la crise sanitaire. Avec une vingtaine de chorégraphes audacieux à l’affiche, sa programmation s’étoile entre le Mozambique et le Japon avec les lauréats de la Villa Kujoyama et des embardées vers la Suisse et l’Afrique du sud. Elle dessine en creux la cartographie des migrations contemporaines.

« Toulon est un port dont l’horizon pousse à la navigation, commente-t-il. J’ai toujours la sensation, en tant qu’artiste et programmateur, de faire du cabotage de port en port et d’île en île. Et j’ai tenté de continuer à le faire malgré les difficultés liées au Covid-19. Certains danseurs comme les Mozambicains Edna Jaime et Pak N’Djamena ne peuvent finalement pas nous rejoindre car ils n’ont pas eu de visas – les artistes n’étant pas prioritaires en ce moment au Mozambique. Seul Idio Chichava a pu venir de Maputo car il a une carte de séjour. Heureusement, de nombreux artistes internationaux choisissent de vivre en Europe. J’ai ainsi invité le Brésilien Calixto Neto, la Polonaise Ola Maciejewska, installés en France, ou encore la Japonaise Ikue Nakagawa et l’Israélienne Meytal Blanaru qui, elles, vivent en Belgique. »

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