Le compositeur et chef d’orchestre Paul Méfano est mort


Le compositeur Paul Méfano (1937-2020), en mars 1997.

Le compositeur et chef d’orchestre Paul Méfano est mort des suites d’un cancer, le 15 septembre, à son domicile de Chilly-Mazarin (Essonne), à l’âge de 83 ans. Créateur de plusieurs centaines d’œuvres, sans exclusive esthétique, à la tête de l’ensemble 2e2m, cet homme toujours enclin au débat d’idées est apparu aux yeux d’Olivier Messiaen (1908-1992), l’un de ses principaux maîtres, comme « un révolté bouillant et puissant, une sorte de Berlioz du XXe siècle ».

Lire son portrait (en 1966) : Un jeune compositeur : Paul Méfano

Paul Méfano naît le 6 mars 1937 à Bassora (Irak), où ses parents occupent des fonctions d’enseignant et de direction dans une école de l’Alliance israélite universelle. Il grandit en France et intègre le lycée Claude-Bernard, à Paris (16e), où il a l’écrivain Julien Gracq (1910-2007) comme professeur d’histoire-géographie et le futur philosophe André Glucksmann (1937-2015) comme voisin de classe.

L’adolescent s’essaye à la poésie avant d’être poussé vers des études musicales par le pianiste Alfred Cortot (1877-1962). Paul Méfano suit ses premiers cours d’écriture à l’Ecole normale de musique de Paris (fondée par Cortot) dans la classe d’Andrée Vaurabourg-Honegger (1894-1980). Ses premiers essais de composition révèlent une recherche de l’expression concentrée, qu’elle soit à dominante vocale avec Estampes japonaises (1959), un cycle de cinq haï-kaï, ou strictement instrumentale, à l’instar d’Involutive (1959), pour petite clarinette.

Grand écart esthétique

Il entre ensuite au Conservatoire de Paris (8e) où, à sa pratique du piano, il ajoute celle des ondes Martenot. A l’époque, rue de Madrid, les apprentis compositeurs sont tiraillés entre les enseignements de deux personnalités-phares. Darius Milhaud (1892-1974) pour la composition et Olivier Messiaen pour l’analyse.

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Dans le cas de Paul Méfano, ce grand écart esthétique se double d’un étirement dans le temps. La formation au Conservatoire est, en effet, mise entre parenthèses en 1962-1963 au profit d’un séjour à l’Académie de musique de Bâle pour étudier, entre autres, la direction d’orchestre avec Pierre Boulez (1925-2016). L’année 1964 est à marquer d’une pierre blanche. Pas tant pour le premier prix d’analyse qu’il obtient dans la classe de Messiaen que pour l’incident qui accompagne sa participation au concours de composition.

Mécontent du traitement qu’ont réservé à son œuvre les musiciens de l’orchestre, le jeune homme se présente sur scène avec une couronne mortuaire portant l’inscription « Sincères condoléances au Radio-Lyrique » (l’orchestre en question). S’ensuivent une bagarre générale et un conseil de discipline. L’œuvre, Paraboles (pour soprano et grand orchestre sur des poèmes d’Yves Bonnefoy), sera néanmoins programmée dès janvier 1965 par Pierre Boulez au Domaine musical et exécutée, sans heurts, sous la direction de Bruno Maderna (1920-1973).

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