l’Asie enfin la plus rapide sur la piste


Ce qui aurait pu se passer ce 2 août

Peut-on faire pire en termes de spectacle que la finale du 100 m des Mondiaux d’athlétisme de Doha en 2019 ? Malgré la retraite définitive du roi Usain Bolt, la réponse est a priori non et c’est tant mieux.

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Ce dimanche 2 août, la finale du 100 m va offrir un scénario historique car inédit dans l’histoire des Jeux olympiques. Titré à Doha, l’Américain Christian Coleman, suspendu, n’est logiquement pas présent au Japon puisqu’il collectionne les no-shows (manquement aux obligations de localisation) comme d’autres collectionnent les timbres. Hors de forme, le vétéran Justin Gatlin a manqué les minima américains tandis que le Canadien Andre De Grasse est forfait.

En finale, un peu avant 22 heures, il ne se détache pas vraiment d’écrasant favori parmi les huit finalistes. Ils sont une poignée de sprinteurs à pouvoir se disputer le titre : le Sud-Africain Akani Simbine, le Jamaïcain Yohan Blake ou encore le jeune Américain Noah Lyles.

Personne ne prête vraiment attention au couloir 7, où se trouve un outsider. Métis d’un père ghanéen et d’une mère japonaise, Abdul Hakim Sani Brown est un jeune sprinteur de 21 ans, né dans la préfecture de Fukuoka. Depuis le 7 juin 2019, il est le détenteur du record du Japon, avec un chrono de 9 s 97.

A une minute du départ, une terrible averse s’abat sur le stade national. Au couloir 4, Simbine prend le meilleur départ tandis que Lyles le talonne. Aux 50 mètres, Sani Brown est 3e, profitant de l’abandon en pleine course d’un Blake usé. C’est à ce moment que le surprenant Japonais produit son effort, grignote son retard et franchit au prix d’un magnifique cassé la ligne en tête : 9 s 91, nouveau record national et d’Asie. Lyles échoue à 1 centième.

L’exploit est gigantesque : c’est la première fois qu’un athlète asiatique remporte le titre olympique sur 100 m. Le Japon s’est trouvé une nouvelle idole.

Le Covid nous a aussi privés…

… du come-back de Florent Manaudou, qui remporte sa troisième médaille olympique consécutive sur le 50 m nage libre (en bronze cette fois-ci), malgré une pause de deux ans et demi hors des bassins pour s’essayer au handball.

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… de la revanche des fleurettistes français qui décrochent l’or par équipes, vingt ans après le précédent sacre de Sydney et quatre ans après la défaite en finale à Rio.

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… de la balle de match de Nick Kyrgios. L’Australien bat Rafael Nadal en finale sur un service à la cuillère amorti. Le cinquième du match.

Il aurait dû y être

Astier Nicolas, 31 ans, cavalier de l’équipe de France de concours complet :

Astier Nicolas sur Molakai, le 16 octobre 2016, à Pau.

« Le 2 août aurait dû être le jour du cross du concours complet par équipes aux JO. La première épreuve, le dressage, devait se dérouler les 31 juillet et 1er août. Et le dénouement aurait eu lieu le 3, avec le saut d’obstacles. A la place, je participerai à un concours de jeunes chevaux, pour former la nouvelle génération de montures, peut-être les stars de Paris en 2024.

Mi-août, aura lieu le Grand Complet, première compétition internationale de reprise, sorte de revue d’effectif française du concours complet. L’équipe de France a déjà obtenu sa qualification pour l’épreuve olympique, mais il reste à désigner les couples cavalier-cheval. Ce seront les plus en forme du moment qui iront à Tokyo. La sélection est loin d’être acquise.

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Les JO de Rio ont été déterminants pour moi [médaille d’or par équipes, la première de la délégation française, et médaille d’argent en individuel]. On est malheureusement souvent contraints d’attendre les Jeux pour briller et faire parler de nous.

Pour être plus parlant, on peut comparer le concours complet à une sorte de triathlon équestre. On commence par le dressage, qui met en valeur l’harmonie du couple cavalier-cheval, la qualité des allures et la souplesse du cheval. On prend des points de pénalité lors de cette première épreuve et on peut alourdir ou non ce score suivant les fautes que l’on fait dans les suivantes.

Le dressage est déterminant car c’est là où l’on réalise une base de points, que l’on ne peut pas bonifier ensuite, même si l’on réalise par exemple un cross d’exception. On dit généralement que l’on gagne le concours complet au dressage et qu’on le perd lors de la troisième épreuve, le saut d’obstacles. Cela veut dire que l’on peut être en tête après le cross et que l’on peut tout perdre le dernier jour.

Le cross est considéré comme l’épreuve-phare, celle qui attire le plus de monde aux JO par son côté spectaculaire et intense. C’est un parcours d’obstacles naturels en pleine nature, parfois vallonné comme à Rio. La vitesse moyenne est de 570 m par minute : il y a des passages de combinaisons où il faut revenir à une allure de trot, à d’autres il faut réaccélérer dans une galopade ou freiner fort devant un tournant.

Il est impossible d’élever les chevaux pour tout faire. Le dressage, le cross ou le saut d’obstacles nécessitent des qualités différentes et parfois opposées. C’est pour ça que le point-clé du concours complet est le mental du cheval. Un mental qui lui permet de repousser ses limites. C’est une discipline où l’on doit faire corps avec une monture qui a envie de travailler avec son cavalier. »

Il n’y a qu’aux JO qu’on voit ça

Ray Ewry, l’homme caoutchouc du saut sans élan

Le cinéaste Georges Méliès a-t-il été inspiré par Ray Ewry, héros des JO de Paris en 1900, lorsqu’il a sorti un an plus tard son film L’Homme à la tête de caoutchouc ? Peu probable, mais l’athlète américain peut se targuer d’avoir suscité l’admiration du public parisien, qui lui a attribué son surnom d’« homme caoutchouc » grâce à ses exploits.

Longtemps resté dans l’oubli, Ray Ewry est né à Lafayette, dans l’Etat d’Indiana, en 1873. Alors qu’atteint de la poliomyélite à l’âge de 12 ans, les médecins pensent qu’il ne pourra plus marcher. Le jeune garçon est persévérant et déjoue les pronostics en retrouvant l’usage de ses jambes cinq ans plus tard.

Handicapé lorsqu’il s’agit de courir, il embrasse une carrière d’athlète adaptée à son handicap : il se spécialise dans les sauts sans élan, qui constituent à l’époque une discipline à part entière. Le 16 juillet 1900, sur le stade de la Croix-Catelan situé dans le bois de Boulogne, Ewry remporte le même jour ses trois premières médailles d’or olympiques : 3,30 m à la longueur, 1,655 m à la hauteur et 10,58 m au triple saut.

Quatre ans plus tard, à l’âge de 31 ans, l’Américain réalise la même performance à domicile, lors des JO de Saint Louis. Il s’améliore même à la longueur sans élan, avec un saut brut à 3,476 m. En 1908 à Londres, au mitan de la trentaine, il règne toujours sur ces disciplines oubliées, invaincu, mais il ne peut s’adjuger qu’une septième et une huitième médailles d’or, en raison de la suppression du triple saut sans élan. Il prend sa retraite deux ans plus tard et ne participe pas à la dernière épreuve olympique des sauts sans élan en 1912.

Son palmarès officieux est d’ailleurs en réalité plus impressionnant que ses huit titres olympiques. En 1906, il remporte deux autres médailles d’or lors des Jeux intercalaires d’Athènes, qui ne sont pas reconnus officiellement par le CIO, même si de nombreux historiens les considèrent comme de vrais Jeux olympiques.

Avec dix médailles d’or, Raymond Clarence Ewry serait l’athlète le plus titré de l’histoire, devant le légendaire coureur de fond et de demi-fond finlandais Paavo Nurmi (9 médailles d’or) et au deuxième rang de l’ensemble des sportifs derrière le nageur américain Michael Phelps (13 en or).

Exilé à New York assez jeune, où il s’était reconverti en ingénieur hydraulicien pour la ville, Ewry a connu une reconnaissance tardive, comme le raconte l’ouvrage de Pierre Lagrue et Serge Laget : Le Siècle olympique. Les Jeux. L’Histoire (Athènes 1896-Londres 2012) (Encyclopædia Universalis, 2015). En 1983, il intègre le panthéon olympique américain en compagnie d’une première liste de sportifs prestigieux comme Jesse Owens ou Bob Beamon. L’« homme caoutchouc » entrait enfin dans la postérité.

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