« L’Agence nationale du sport est à mi-chemin entre une start-up, une fédération et une administration »


Frédéric Sanaur, directeur général de l’Agence nationale du sport.

L’Agence nationale du sport (ANS) est une structure étrange. Un groupement d’intérêt public rassemblant dans sa gouvernance, depuis avril 2019, Etat, collectivités territoriales, mouvement sportif et entreprises. Avec deux missions principales, qui relevaient jusque-là du ministère des sports : le haut niveau et la pratique de masse.

Frédéric Sanaur, directeur général de l’ANS, dresse pour Le Monde un état des lieux à l’heure de la rentrée sportive malgré le Covid-19. L’Agence doit élire son prochain président, mercredi 16 septembre – l’ancien préfet de Paris, Michel Cadot, est pressenti pour succéder à Jean Castex, désormais premier ministre.

Les 120 millions d’euros du plan de relance alloués aux sports viennent abonder le budget de l’ANS. Comment interprétez-vous cette rallonge budgétaire ?

C’est vraiment une réponse inédite aux attentes du sport français. Inédite parce qu’elle vient en complément de ce qui a déjà été décidé durant l’année 2020, avec dès le mois de juin un fonds territorial de solidarité doté de 15 millions d’euros. On a aussi maintenu le financement des emplois sportifs dans les associations malgré la possibilité d’avoir recours au chômage partiel, ce qui permettait d’avoir quand même un accompagnement complémentaire et surtout de sécuriser les 5 300 emplois qu’on cofinance chaque année. Enfin, on a également maintenu l’ensemble des aides personnalisées aux 2 724 sportifs de haut niveau qu’on accompagne chaque mois.

Cette enveloppe semble pourtant très en deçà des besoins du monde du sport ?

On ne calcule pas les choses comme ça, on ne fait pas de raccourci sur les montants. J’aurais plutôt tendance à traduire cette augmentation comme une hausse de 20 % sur deux ans du budget de l’Agence. C’est très fort comme budget supplémentaire. Dans un contexte qu’on aurait préféré ne pas connaître, mais qui nous permettra d’accompagner plus d’emplois, plus d’équipements sportifs.

Avez-vous déjà une estimation de la baisse du nombre de licenciés dans les clubs ? La fédération de handball avançait début septembre le chiffre de 70 % de licences prises à date par rapport à 2019…

On a des retours de cet ordre-là, des prises de licence en baisse de 20 % à 30 % [entretien réalisé le 8 septembre], mais ça dépend vraiment des sports et des disciplines. Chaque année il peut y avoir des pertes de licences, ou des augmentations, il y a aussi du turnover d’une année sur l’autre.

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Des représentants du monde économique figurent aussi à la gouvernance de l’ANS. Est-il prévu que ces acteurs privés contribuent directement au budget de ce groupement d’intérêt public ?

On travaille avec les acteurs économiques sur la production commune soit d’études, soit de plateformes digitales. Notre gouvernance doit faire ses preuves pour donner envie aux autres d’investir. Et elle est en train de faire ses preuves, on l’a vu cette année, on a trois contributeurs financiers, et on est en discussion avec un certain nombre de partenaires privés qui vont venir renforcer l’action de l’Agence dans les prochains mois si ce n’est dans les prochaines semaines.

Quels partenaires privés ?

Ce sont des discussions qui sont en cours, je ne peux pas vous les dévoiler tant qu’on n’aura pas signé les contrats qui nous lient. On travaille aussi bien avec des banques, des assurances, des équipementiers, un peu comme le ferait une fédération sportive quand elle va chercher des partenaires privés. L’Agence est à mi-chemin entre une start-up, une fédération sportive et une administration, et ça, on l’assume. C’est aussi comme ça que l’on peut être plus performant d’un point de vue public.

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Vous parlez de start-up. Les fédérations sportives, chargées d’une mission de service public, ont-elles vocation à fonctionner comme des entreprises ?

Aucune présidente, aucun président de fédération n’a vu de problématique à ce type d’organisation qui, au contraire, permet de valoriser les plus dynamiques et ceux qui développent le plus de projets. Après on assume effectivement une nouvelle manière de faire de la politique publique. Je pense que les Françaises et les Français apprécieront qu’il y ait une forme de retour sur investissement d’intérêt général, dont les indicateurs sont pluriels. Ils peuvent être quantitatifs en termes de licences, qualitatifs sur le niveau des formations, des éducateurs, de la pratique sportive et de son encadrement du quotidien. Et ça, on le doit à l’ensemble des pratiquantes et des pratiquants.

Peut-on considérer les usagers, les licenciés et les militants associatifs comme des clients ?

Il n’y a aucun impératif à se lancer dans une démarche de ce type, il faut juste pouvoir créer et donner les outils qui peuvent être déployés pour ceux qui le souhaitent. Il faut mettre ça en relation avec notre société et la manière dont la consommation sportive évolue. On a 16 millions de licenciés et, selon nos estimations, plus de 30 millions de pratiquants sportifs réguliers. Donc beaucoup de fédérations souhaitent s’inscrire en phase avec les nouvelles technologies.

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C’est-à-dire ?

Aujourd’hui et dans le respect du règlement général de la protection des données [RGPD], il y a une capacité à traiter des données et de la data. Nous développons beaucoup ce sujet sur le haut niveau, mais il y a aussi des centaines de milliers de pratiquants dans les fédérations sportives. Dans un monde du numérique, du marketing, dans un monde où on parle aux personnes de manière « pushée » [notifications sur les téléphones portables] pour leur faire des offres commerciales, ça peut avoir de la valeur. Les fédérations peuvent les commercialiser pour développer leur projet fédéral.



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