L’affaire Thomas Craven, un polar archéologique qui a duré trente-quatre ans


Le dégagement du sarcophage lors de la fouille opérée par Philippe Andrieux (à droite).

Le 3 octobre 1986, des hommes travaillent sur un chantier, à l’emplacement du grand temple huguenot de Charenton, aujourd’hui sur la commune de Saint-Maurice (Val-de-Marne). Détruit en 1685, il était le plus important du royaume de Louis XIV. Les ouvriers mettent fortuitement au jour le sarcophage d’un jeune aristocrate anglais, mort en 1636, alors qu’il effectuait un voyage en Europe. Son nom : Thomas Craven. Une plaque de cuivre fixée sur son cercueil de plomb indique, sans rien dire des circonstances de sa mort qu’il est le fils du lord-maire de Londres, William Craven, et qu’il est décédé à 18 ans.

Cet automne paraît Thomas Craven. Chronique d’un revenant (Ed. de Boccard), un livre collectif écrit sous la direction de Djillali Hadjouis, qui met fin à une saga archéologique commencée trente-quatre ans plus tôt. Cet ouvrage nous entraîne dans une enquête tous azimuts faisant appel à de nombreuses disciplines scientifiques (anthropologie, paléopathologie, tracéologie, palynologie, biochimie, archéobotanique, médecine, microbiologie, carpologie…).

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Sitôt averti de la découverte, Philippe Andrieux, directeur du laboratoire départemental d’archéologie du Val-de-Marne, se lance dans l’étude du sarcophage. Il soupçonne la peste, qui sévissait alors à Paris, d’avoir provoqué la mort du jeune Thomas.

le sarcophage après son ouverture.

C’est un avis que partage un anthropologue, arrivé depuis peu dans le service, Djillali Hadjouis, qui souhaite identifier la cause de son décès de façon irréfutable. Mais, avec la peste, « on meurt en trois à quatre semaines. On n’a pas le temps de développer des lésions visibles sur les os ». Seul un test ADN pourrait donner une réponse mais il n’existe pas, alors, de protocole fiable. Il ne sera établi que dans les années 2000, sur la pulpe dentaire, par l’équipe du professeur Michel Drancourt, alors à la faculté de médecine de Marseille. Deux dents lui sont envoyées et le verdict est sans ambiguïté : le diagnostic était le bon.

Plantes dans le crâne et visage en 3D

Au XVIIsiècle, les personnages importants sont embaumés. C’est le cas du fils du lord-maire. Pour ce faire, il a été vidé de ses viscères et de son cerveau, remplacés par des plantes aromatiques. Pour étudier le personnage sous tous ses aspects, ainsi que les techniques d’embaumement et les baumes utilisés, Djillali Hadjouis réunit une équipe de scientifiques dont Marie-Pierre Ruas et Rémi Corbineau, spécialistes des macrorestes végétaux, auxquels se joignent deux historiens, dont un spécialiste des maladies. Leurs travaux sont complétés par l’intervention de Philippe Froesch, qui ressuscite Thomas Craven en reconstruisant son visage en 3D.

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