L’ADN, passeport vers les mondes anciens


Le livre. Le 17 février, la revue Nature publiait une étude décrivant les restes de trois mammouths et l’analyse de l’ADN qui s’y était conservé en dépit du passage du temps : un nouveau record était établi, le spécimen baptisé Krestovka, trouvé en Sibérie, ayant été daté de plus de 1,5 million d’années. Soit le double du plus ancien fossile dont le génome ait été décrypté jusqu’alors, un cheval du Yukon (Canada) vieux de 700 000 ans.

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Ces résultats spectaculaires sont le fruit d’une révolution scientifique que retrace avec talent Ludovic Orlando, dans L’ADN fossile, une machine à remonter le temps. Aujourd’hui directeur de recherche au CNRS, à la tête du centre d’anthropologie et de génomique de Toulouse (université Paul-Sabatier), il est l’un des pionniers de la paléogénomique, cette « pluridiscipline » qui associe la biologie moléculaire, les mathématiques, l’informatique et l’archéologie. Il en connaît tous les acteurs, qui sont souvent des concurrents, et toutes les servitudes : le séquençage des 2,8 milliards de bases du génome de TC21, son cheval canadien, lui a demandé trois années de patient et incertain labeur.

Mieux comprendre les épidémies

Mais les perspectives sont ébouriffantes. L’ADN s’avère une clé sans égale pour accéder aux mondes anciens. C’est bien cette molécule pourtant fragile qui nous a permis de déterminer que notre cousinage avec Neandertal était allé jusqu’au métissage. C’est elle qui a révélé l’existence d’une autre humanité, les dénisoviens, avec lesquels nos ancêtres ont aussi cohabité. Plus fort encore, en l’absence de fossiles, l’ADN piégé dans les sédiments trahit le passage d’animaux ou d’« homo ». Ludovic Orlando a même commencé à dévoiler la façon dont l’environnement a pu influencer l’expression du génome, sans le modifier – premier à caractériser un épigénome ancien.

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Outre notre propre lignée, la machine à remonter le temps génétique nous aide à mieux comprendre les grandes épidémies, la façon dont les microbes qui nous habitent ont pu évoluer, les phénomènes de domestication, animale et végétale, d’extinction… Une telle puissance explicative pourrait pousser à l’hubris, à la tentation d’annexer tout le champ des études sur les mondes disparus.

Rien de tel chez Ludovic Orlando, qui plaide pour une collaboration plus étroite avec les archéologues ou les linguistes et met en garde contre certaines interprétations qui feraient litière de leurs savoirs. Autre point saillant de son livre, l’attention portée à ce que ces découvertes nous disent des migrations humaines, de l’impermanence des peuples, des métissages. Cette réflexion sur la dimension proprement politique de tels travaux est à saluer.

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