« La vie, c’est la “fight” »


Head of the Infectious Diseases Department at the Saint-Antoine Hospital (AP-HP) Karine Lacombe poses at the Saint-Antoine Hospital in Paris, on November 10, 2020. / AFP / Anne-Christine POUJOULAT
ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

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Publié aujourd’hui à 03h01

La crise sanitaire provoquée par la pandémie de Covid-19 a bouleversé le quotidien de Karine Lacombe, infectiologue et chef de service à l’hôpital Saint-Antoine, à Paris. Elle le raconte dans une BD autobiographique, La Médecin (dont on trouvera la critique ici), qui nous entraîne dans les coulisses d’un hôpital pris dans une incroyable tempête.

Je ne serais pas arrivée là si…

… si je n’étais pas issue d’une famille très modeste marquée par la migration : le voyage, le mouvement, la volonté d’aller de l’avant, de ne pas s’arrêter, d’avancer coûte que coûte. Côté maternel, c’est la figure de mon grand-père qui a été prégnante : républicain espagnol, il s’est battu pendant la guerre civile, puis a traversé à pied toute l’Espagne pour fuir le franquisme et gagner la France, a été interné de longs mois dans le camp d’Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) avant de remonter, toujours à pied, vers la Normandie et d’y trouver du travail, en 1940, comme commis agricole puisque les hommes français étaient partis à la guerre. Il n’a jamais revu ses parents vivants et n’était que douleur.

Je le revois au bout de la table, baragouinant le français et s’emportant parce que personne ne le comprenait. Ni ma grand-mère, ancienne bonne à tout faire, placée à 14 ans ; ni ses six enfants à qui il avait interdit d’apprendre l’espagnol. En aucune façon ils ne devaient avoir des réflexes d’immigrés dans leur pays de naissance, même si on les qualifiait d’« espingouins » à l’école.

Et côté paternel ?

Là encore, histoire de marche et de résistance. L’épopée de pépé nous a été contée mille fois. Celle d’un montagnard d’entre Savoie et Dauphiné, fait prisonnier au fin fond de l’Allemagne de l’Est et revenu à pied, au terme d’un long périple à travers l’Allemagne et la France. J’ai gardé, enracinée en moi, cette idée qu’il ne fallait jamais s’arrêter. Si l’on arrête, on meurt. Car la vie, c’est la fight (« le combat »). Je le ressens ainsi. Mes amis rigolent de cette formule un peu ridicule, et enfantine. Mais je persiste. Cela me vient de très loin.

C’est un mantra tonique… mais épuisant !

Exactement ce que me disent mes proches : tu te bats, tu ne te poses jamais, tu es fatigante ! En fait, j’épuise. Cela explique sans doute que j’aie trois enfants de trois papas différents… J’épuise les gens, toujours portée par cette idée de la fight. On est tous façonnés par notre histoire familiale, inscrite elle-même dans la grande histoire.

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