La Turquie amorce un changement de cap économique


Le président turc Recep Tayyip Erdogan, à Ankara, le 5 novembre.

Depuis une semaine, le président turc Recep Tayyip Erdogan n’a qu’un mot à la bouche, celui de réforme. Le 13 novembre, lors d’une réunion locale de son parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur), il a annoncé « une nouvelle période de réformes dans l’économie et le droit ». Le 17, à l’issue d’une réunion de son cabinet, il a évoqué des « préparatifs » en cours au ministère de la justice en vue d’un « plan d’action pour les droits de l’homme » et la prise à bras-le-corps des « défaillances des marchés ».

Sur ce deuxième point, un changement de cap paraissait inéluctable, tant la politique menée depuis des années par le gouvernement turc de taux d’intérêts maintenus artificiellement bas pour encourager l’activité économique a eu des effets délétères : dépréciation de 50 % de la valeur de la livre turque face au dollar et à l’euro sur 30 mois, dilapidation des réserves de devises de la Banque centrale pour soutenir la monnaie nationale – elle ne possédait plus que 18 milliards de dollars (15,1 milliards d’euros) de réserves nettes à la mi-novembre, selon une estimation de Goldman Sachs Group, citée par l’agence Bloomberg –, inflation à 11,89 % en octobre, en glissement annuel.

Le limogeage du gouverneur de la Banque centrale, Murat Uysal, le 6 novembre, suivie, le 8, par la démission du ministre du Trésor et des finances et gendre du président, Berat Albayrak, ont été perçus comme un premier signal d’un retour à une politique monétaire plus orthodoxe par les marchés, qui ont salué ces départs d’une revalorisation de la livre turque.
Depuis, investisseurs et analystes attendaient que l’essai soit transformé lors de la première réunion du comité de politique monétaire de la Banque centrale de Turquie (BCT) sous la direction de son nouveau gouverneur, Naci Agbal. Et ils n’ont pas été déçus. A l’issue du sommet, jeudi 19 novembre, la BCT a relevé jeudi son principal taux directeur de 475 points de base, à 15 %, la plus forte hausse de ce taux en deux ans.

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L’institution s’est aussi engagée à mettre en œuvre un « resserrement monétaire transparent et vigoureux dans le but de contenir l’inflation ». Elle a dit espérer ainsi rétablir la « stabilité financière » grâce à « l’inversion de la tendance à la dollarisation » et à « l’accumulation de réserves en devises étrangères ». A la suite de cette annonce, la livre turque a bondi de 2 % face au dollar, avant de se stabiliser à environ 7,60 contre un dollar. Les spécialistes internationaux des marchés se félicitaient de cette mesure. « Agbal a fait un pas important vers la restauration de la crédibilité mal en point de la Banque centrale de Turquie en apportant une hausse des taux adéquate et en simplifiant la politique monétaire », estimait ainsi Piotr Matys, de la Rabobank à Londres, cité par Bloomberg.

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