La revue « Parlement(s) » explore l’évolution et dresse le bilan des lois mémorielles


La revue des revues. Le 1er novembre, au journal de 20 heures de TF1, le premier ministre, Jean Castex, mettait en cause l’idée que « nous devrions nous autoflageller, regretter la colonisation, je ne sais quoi encore ». Emmanuel Macron, alors candidat à l’élection présidentielle, jugeait quant à lui, le 14 février 2017, sur une chaîne de télévision algérienne, que la colonisation avait été « un crime contre l’humanité ».

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Si – pure hypothèse – une loi devait départager ces deux points de vue, ce serait une « loi mémorielle ». Il en existe aujourd’hui quatre en France. La loi Gayssot du 13 juillet 1990 a permis de pénaliser le négationnisme. La loi du 29 janvier 2001 reconnaît le génocide arménien de 1915. La loi Taubira du 21 mai 2001 qualifie la traite transatlantique de crime contre l’humanité. La loi Mekachera du 23 février 2005, portant « reconnaissance de la nation (…) en faveur des Français rapatriés », a failli garder un article – abrogé en février 2006 après de vives contestations – affirmant le « rôle positif » de la colonisation.

Les débats sur les lois mémorielles sont récurrents en France. Elles divisent non seulement le monde politique mais aussi les historiens, dont beaucoup restent opposés à ce qu’ils voient comme une intrusion de l’Etat dans leur travail.

Beaucoup de lois « antidémocratiques »

Intitulé « Les lois mémorielles en Europe », ce numéro hors-série de la revue Parlement[s], coordonné par le chercheur Sébastien Ledoux, montre que cette problématique revêt une dimension internationale. A travers une quinzaine de contributions, le phénomène y est étudié à la fois dans sa profondeur historique, dans sa diversité (certaines lois sanctionnent, comme la loi Gayssot, alors que d’autres ont surtout une dimension commémorative et symbolique) et dans ses très différentes déclinaisons nationales, sans oublier le cadre européen.

« Les lois mémorielles en Europe », « Parlement[s], Revue d’histoire politique » 2020/3 (hors-série n°15), Presses universitaires de Rennes, 264 pages, 25 euros.

Loin d’être le « sport législatif purement français » décrié par l’historien Pierre Nora dans une tribune publiée dans Le Monde du 27 décembre 2011, les lois mémorielles tendent à se multiplier depuis une trentaine d’années. Leurs motivations politiques peuvent être très éloignées et traduire, comme en Turquie, le passage d’un contexte démocratique à celui d’une régression autoritaire.

De même, la libération du joug soviétique des pays d’Europe centrale et orientale a donné lieu à une série de lois reconnaissant les crimes commis par les anciens régimes communistes, mais cette démarche émancipatrice s’est retournée, notamment en Pologne, Hongrie et Russie, en un nouveau dogmatisme. Voire elle pénalise la recherche historique, au profit d’un récit national glorificateur.

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