La mort de Juan Guzman, le juge chilien qui avait inculpé le général Pinochet


L’ancien juge chilien Juan Guzman, le 14 juin 2005.

Au Chili, il avait été baptisé « le tombeur de Pinochet » ou « Jean sans peur » pour avoir inculpé à deux reprises l’ancien dictateur. Le juge Juan Guzman est mort, le 22 janvier, à Santiago du Chili, à l’âge de 81 ans.

Sept années durant, à partir de 1998, le magistrat a traqué le général Augusto Pinochet, alors encore commandant en chef de l’armée avant de devenir sénateur à vie, pour les crimes commis pendant la dictature militaire (1973-1990), faisant plus de 3 000 morts et disparus. Mais, malgré deux inculpations et les solides preuves accumulées contre lui par le juge Guzman, Pinochet n’a jamais été condamné. Dans un pays très conservateur, la Cour suprême, en 2002, puis la cour d’appel, en 2005, ont jugé que le vieux caudillo de 85 ans n’était pas en mesure d’affronter un procès, alléguant « une démence modérée ». Après avoir interrogé personnellement Pinochet, le juge Guzman était cependant convaincu que l’inculpé avait des « facultés mentales normales ». Impuni, Pinochet est mort le 10 décembre 2006, à l’âge de 91 ans. La saga Pinochet était close.

Né le 22 avril 1939 au Salvador, où son père est consul, Juan Guzman appartient à une famille qui compte plusieurs militaires. Et c’est tout naturellement au champagne que l’on fête le coup d’Etat du 11 septembre 1973, qui signe la chute du gouvernement socialiste de Salvador Allende (1970-1973). Vingt-cinq ans plus tard, en janvier 1998, le hasard fait que, de permanence à la cour d’appel de Santiago, Juan Guzman reçoit la première plainte contre Pinochet. Le 16 octobre 1998, l’ancien dictateur se trouve à Londres pour des examens médicaux, lorsqu’il est arrêté à la suite d’un mandat d’arrêt international émis par le juge espagnol Baltasar Garzon. En Espagne, deux procédures sont en cours contre Pinochet. Au Chilin les plaintes se multiplient. Le juge Guzman est chargé de les instruire.

Menaces et attaques personnelles

Après des centaines de fouilles macabres à travers tout le Chili pour retrouver les corps des disparus, et après avoir interrogé plus de 2 000 témoins, il prend conscience de l’ampleur de sa tâche : « Jour après jour, je recueillais des confessions qui me gelaient le sang. » Il brave la loi du silence. Il est ignoré par les hommes politiques. A droite, ses collègues manifestent une haine féroce contre ce magistrat audacieux. A gauche, nombreux sont ceux qui préfèrent l’éviter, de peur d’entraver leur carrière.

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