la Malinche, mère controversée du Mexique moderne


Avant que ne débarque Hernan Cortes (1485-1547) sur les côtes de l’actuel Mexique, deux expéditions avaient échoué. Mal préparées, mais pas seulement. Elles s’étaient trouvées face à des populations autochtones difficiles à manœuvrer, dont elles connaissaient mal la langue et la culture. A la tête de 600 hommes dont les chevaux et les armes à feu frappent d’effroi les combattants adverses, Cortes noue des contacts plus ou moins rugueux avec les chefs locaux.

En signe de conciliation, un cacique de Tabasco offre aux conquérants une vingtaine de jeunes esclaves, aussitôt baptisées. L’une d’elles, fille d’un notable, maîtrise plusieurs langues et dialectes. Elle s’appelle Malinalli, comme la déesse maya de l’herbe, mais on lui a donné le nom chrétien de Marina. Il sera déformé par les Indiens (qui ne prononcent par les « r ») et les Espagnols pour donner un patronyme à cheval sur deux langues : Malinche.

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La jeune fille, dont on sait seulement qu’elle naquit autour de 1500, devient la maîtresse de Cortes, mais aussi sa conseillère et son « missi dominici » auprès des potentats locaux. Grâce à cette précieuse alliée, les Espagnols sauront exacerber les conflits qui opposent les Mayas à l’empereur aztèque Moctezuma II.

Alternant main tendue et extrême brutalité, Cortes impressionne ses interlocuteurs en se posant comme le représentant de Quetzalcoatl, le serpent à plumes de la mythologie précolombienne supposé revenir sur terre sous diverses apparences – dont celle d’un homme barbu au teint clair…

« Malinchismo »

La Malinche, évoquée avec déférence sous le nom de Dona Marina, est omniprésente dans les récits de l’époque. Dans le Lienzo de Tlaxcala, codex réalisé par une cité locale en 1552 pour s’attirer les bonnes grâces du roi d’Espagne, la Malinche figure en costume traditionnel, entre Cortes et des chefs militaires casqués. Son fils, Don Martin Cortes, célébré comme le premier métis issu de la conquête, sera élevé en Castille et anobli.

La Malinche divise les historiens. Pour certains, elle aurait cherché à protéger les Mayas face à la domination aztèque et atténué la violence des troupes espagnoles. D’autres considèrent qu’en offrant à Cortes de précieuses informations et éléments de contexte, elle a accéléré la déroute des chefs aztèques et mayas.

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Après avoir mis le pays en coupe réglée – les massacres et l’esclavage, mais aussi les ravages de la variole importée d’Europe sur une population peu immunisée, ont provoqué une hécatombe –, Cortes se désintéresse de la Malinche, qu’il marie à l’un de ses capitaines. Tant pis pour lui ; son expédition au Honduras tourne à la catastrophe.

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