La fièvre du super-congélo, effet secondaire du vaccin contre le Covid-19


Des « super-congélateurs » abritant le candidat vaccin de Pfizer et BioNTech, dans l’usine de Puurs, en Belgique.

Grand froid

En raison de la présence d’une molécule extrêmement fragile (ARN messager) dans sa composition, le vaccin anti-Covid-19 développé par Pfizer et la compagnie allemande BioNTech doit être conservé à – 70 °C dans des congélateurs dits « – 80 » habituellement utilisés dans des centres de recherche ou hôpitaux universitaires pour préserver virus, bactéries ou cellules. Pour illustrer les préparatifs français en matière de vaccination, le 12 novembre dernier, Olivier Véran a annoncé avoir commandé cinquante de ces « super-congélateurs ». Son cabinet ne souhaite donner aucun détail sur ces appareils et leur répartition sur le territoire, car « pour le moment aucun vaccin n’est encore sur le marché ». Toutefois, le fabricant japonais PHCbi précise avoir vendu 50 congélateurs de 700 litres à Santé publique France en octobre et « plusieurs centaines d’autres très récemment » pour un prix unitaire qui varie entre 12 000 euros et 20 000 euros.

Emballement mondial

C’est la première fois qu’un vaccin exige une telle température, la norme est plutôt autour de – 4 °C. « Celui d’Ebola devait être congelé à – 60 °C mais on était face à une épidémie locale. Là, on parle de milliards de doses », souligne Bruno Pitard, directeur de recherche au CNRS. Les fioles pourront être gardées pendant deux semaines dans les valises de livraison de Pfizer mais au-delà, ces congélateurs sont indispensables. Sans quoi, ce sont des millions de doses et donc d’euros qui seront gâchés. En août dernier, le logisticien UPS a annoncé avoir créé des fermes de congélation avec 600 appareils aux Etats-Unis et aux Pays-Bas. Au lendemain de l’annonce de Pfizer, plusieurs Etats américains se sont précipités sur ces congélateurs bien que l’agence fédérale américaine de santé, le Center for Disease Control and Prevention, leur ait demandé d’attendre. Les pays les moins développés s’inquiètent, eux, de l’accès à la vaccination en raison de ce défi logistique.

Lire le décryptage : Essais cliniques, production, acheminement… Les six défis de la course au vaccin contre le Covid-19

Usines en flux tendu

Pour répondre à la demande mondiale, dans ce marché de niche sur lequel trônent l’américain Thermo Fisher Scientific et le japonais PHCbi (anciennement filiale du groupe Panasonic), petits ou gros fabricants ont tous accéléré les cadences. Depuis avril et les rumeurs sur un vaccin à base d’ARN messager, les usines japonaises du leader PHCbi « tournent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept », indique Alain Faba, son directeur Europe. Le luxembourgeois B Medical Systems est passé d’une production de 500 à 3 500 appareils par mois, avec actuellement un délai d’attente de deux semaines. Faut-il craindre une pénurie ? « Non, répond son président Luc Provost, même si la production mondiale de la centaine d’acteurs du secteur est à flux tendu, elle suffira à stocker les 50 millions de doses qui seront disponibles avant la fin de l’année. » Au cas où un renfort serait nécessaire, une marque espagnole souhaite même booster ses réfrigérateurs alimentaires pour en faire des « super-congélateurs ».

Solution transitoire

Le vaccin de Pfizer, qui devrait être le premier mis sur le marché, est le seul à exiger une congélation de ce type. Ceux de Moderna Therapeutics, Johnson & Johnson et AstraZeneca pourront être conservés à – 20 °C. Pfizer a lui-même évoqué une évolution de sa formule dès 2021. Pourquoi donc se précipiter pour stocker ce traitement éphémère ? « On ne veut se fermer aucune porte », répond le ministère de la santé. Après le scandale des masques, l’Etat veut à tout prix éviter celui des frigos. Une fois l’urgence passée, que deviendront ces dizaines de milliers d’appareils ? Pour Bruno Pitard, les centres de recherche pourront renouveler un parc vieillissant trop énergivore. En 2010, l’université de Stanford avait estimé à 5,6 millions de dollars la facture énergétique annuelle de ses 2 000 vieux congélateurs, les derniers modèles seraient jusqu’à 45 % plus efficaces. Les industriels, eux, espèrent que l’essor des traitements à base d’ARN messager rendra ces congélateurs encore plus indispensables.



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